mardi 23 décembre 2014

[Archive 15 mai 2014] "Je me sens piégé dans mon boulot"

On parle souvent du "fléau", du "cancer du chômage". On parle beaucoup moins des Français sans doute plus nombreux encore qui se sentent piégés dans leur boulot. On se rend bien compte que cette angoisse permanente (et sous-jacente) liée à l'opprobre du chômage, à la perte de sécurité sociale (même si la couverture maladie universelle existe) et d'une mutuelle, à l'impossibilité de se constituer une retraite, toute cette anxiété est totalement contreproductive et mine les fondements de la société. Mais comment y remédier? Sans prétendre vouloir régler le problème, il serait bon de se pencher sérieusement sur le sujet.

En tant qu'auteur qui a fait le choix de quitter son travail alimentaire pour passer à plein temps sur l'écriture, on comprendra que ce sujet me touche particulièrement. L'un de mes pairs, Neil Jomunsi, a publié récemment un article sur son blog intitulé Du revenu de base et de ses potentiels effets inattendus sur la littérature (et l’art en général), qui, tout en me donnant des pistes de réflexion, m'a incité à me poser la question de manière plus générale.

Les premiers jours après être passé à temps plein sur l'écriture, je l'avoue, j'ai mal dormi. Bien que me trouvant dans une situation privilégiée, et n'ayant, grâce à un héritage familial, plus besoin de rembourser mon prêt immobilier, j'ai tout de suite été victime de la pression sociale.

Ma femme a soutenu mon choix, mais elle ne pouvait me protéger contre mes propres angoisses. Etant l'auteur de l'article Mediastox, un outil pour évaluer la toxicité des médias, et ayant été formé dans une Ecole de Journalisme à Paris, je connaissais parfaitement l'aspect "caisse de résonnance" des angoisses qui nous viennent des médias, et en particulier des médias audiovisuels (radio et télé).

Je savais que le fait de maintenir la population dans une anxiété permanente est en fait une stratégie marketing visant, soit à susciter davantage d'audience, soit à susciter plus facilement des actes d'achat pour le consommateur (les deux étant étroitement liés, de par les publicités diffusées avant et/ou après les infos). Je savais les enjeux immenses pour les grands groupes derrière cette stratégie.

Depuis les problèmes de harcèlement au travail dont a été victime ma femme, je savais aussi, non plus en théorie mais en pratique, quel pouvoir cette angoisse sous-jacente de perdre son boulot, et tous les avantages qui vont avec, pouvait donner à des petits chefs qui masquent leur propre incompétence en privilégiant l'attaque pour ne pas avoir à rendre eux-mêmes des comptes.

L'une de mes motivations non négligeables en tant qu'auteur à temps plein me vient justement du fait de ne plus devoir dépendre d'un petit chef pour vivre de mes activités.

J'avais donc déjà des armes pour lutter contre mon angoisse. Gavin de Becker, avec son ouvrage The Gift of Fear m'a donné deux autres règles cardinales:
- Le fait précis que vous craignez quelque chose est la preuve formelle que cette chose n'est pas en train de vous arriver
- Ce qui engendre la peur réelle est rarement ce que vous pensez que vous craignez - c'est ce que vous liez à la peur.

Mon interprétation de la seconde règle de De Becker est la suivante, au travers de cet exemple: lorsque vous êtes en face d'un chien qui grogne, la peur que vous ressentez est fondée car votre intuition sait qu'un chien qui grogne va attaquer de manière imminente (selon les comportementalistes canins, les chiens qui aboient ne sont pas directement en phase d'attaque, ils le font pour rallier d'autres membres de la meute, c'est leur instinct qui les guide). Le fait qu'il ne l'ait pas encore fait vous laisse une marge de manoeuvre, ce qui nous ramène à la première règle. Mais lorsque vous croisez un chien sans son maître dans la rue et que vous vous mettez à penser qu'il a peut-être la rage juste parce qu'il n'a pas de maître, là, c'est votre imagination qui se met à construire une hypothèse infondée.

Donc, nos craintes conscientes et élaborées ne sont pas en rapport avec un danger réel et immédiat pour nos vies. C'est une évidence, mais cela vaut la peine d'être souligné, dans le climat si propice à l'exacerbation des angoisses dans lequel nous vivons.

Il n'en reste pas moins que perdre son travail a des conséquences directes, bien sûr. Ces conséquences sont mille fois plus anxiogènes dans un contexte de chômage que dans celui de plein emploi. Ce qui, bien sûr, stratifie de plus en plus les gens dans leur boulot. Ils se sentent pris au piège, et à juste titre. 

Si une solution devait être trouvée, elle devrait selon moi consister à retrouver l'état d'esprit des Trente Glorieuses. Comment? Eh bien, non seulement grâce au revenu de base, mais grâce à un système entier de prise en charge social et de logement qui ne laisserait personne sur le carreau.

Il faudrait aussi, bien entendu, déculpabiliser les personnes sans travail, et que les médias et hommes politiques cessent de brandir à tout bout de champ le Roi Chômage comme un épouvantail.

Oui, il y a moins de travail dans une société qui n'est plus en reconstruction. Et alors? Il faudrait repartir avec "une bonne guerre"? Se retrouver terrés à des kilomètres sous terre dans des abris, et y attendre 500 ans la fin de l'hiver nucléaire, dans l'espoir de pouvoir de nouveau rebâtir et connaître le plein emploi? Et avoir enfin la chance infinie que les médias cessent de nous casser les oreilles avec le chômage?

Alors certes, le système que je préconise ressemble à une utopie. De même que la Sécurité Sociale aurait parue utopique au XVIème siècle. Il faudrait bien entendu repenser en profondeur le système de répartition des richesses.

Mais dans ce cas, ne pourrait-on pas objecter qu'un Etat qui peut d'un claquement de doigts faire disparaître tous les privilèges des citoyens serait un véritable cauchemar, et que seule l'initiative privée peut sauver les individus?

Franchement, je ne crois pas en cette dernière hypothèse. Je crois que nous devons nous faire confiance en tant que collectivité, restaurer les valeurs de solidarité entre citoyens. Il nous faut un filet de sécurité universel et non culpabilisant pour ceux qui y ont recours. Quelque chose qui nous permette, non pas d'être plus dépendants, mais plus libres, au contraire, dans nos choix professionnels. Quelque chose de facilitant pour l'initiative privée, et non l'inverse.

Et dans ce filet universel, le logement doit occuper la première part, car c'est sans doute l'une des principales causes de stress. J'ai bien conscience que je n'aurais pas pu faire ce choix de vie porté à 100% vers l'écriture si ce problème n'avait pas été résolu pour moi.

Et pour ma retraite et ma mutuelle, me direz-vous? Eh bien oui, j'ai fait le choix personnel de m'en priver, parce que ces deux facteurs limitaient de trop ma liberté et ma marge de manoeuvre. C'est un choix personnel, et chaque personne en face d'un tel choix doit soigneusement peser le pour et le contre.

Autre article sur le même sujet: Un nouvel article des Droits de l'Homme

lundi 22 décembre 2014

[Archive 30 décembre 2013] Un nouvel article des Droits de l'Homme

En devenant parent, je me suis aperçu que je participais avec plus de poids encore à ce qu'on appelle "pression sociale". En y réfléchissant et de fil en aiguille, j'ai eu l'idée d'un petit additif à la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Il est des questions plus lourdes de sens que d'autres. Des questions qui en apparence peuvent paraître bien innocentes, comme : "qu'est-ce que tu feras plus tard dans ta vie?", ou sa variante, "qu'est-ce que tu veux devenir plus tard?"

Certains parents ont l'idée de faire entreprendre à leur rejeton, par exemple des études commerciales dans de grandes écoles. En soi, l'idée peut se justifier: mieux vaut devenir patron ou cadre dirigeant qu'employé. Mieux vaut se tenir du bon côté du fusil...

Sauf évidemment que le succès n'est pas garanti, et que l'échec peut entraîner des conséquences terribles pour qui aura été poussé à fond dans cette voie, sans que ce ne soit vraiment la sienne.

Pour les milliers d'autres Français, de l'ouvrier à la secrétaire, pour qui la fonction en quelque sorte "fait l'homme", perdre son emploi peut avoir des conséquences cataclysmiques, surtout s'ils n'en retrouvent pas.

N'écoutez pas les médias: nous ne sommes pas dans une crise mais bien dans une mutation progressive de la société. D'un point de vue strictement économique, il est normal de préférer à des employés humains des machines, ou des programmes d'ordinateur, qui vont créer davantage de richesse à moindre coût.

Que l'économie détruise toujours plus d'emplois chaque année est donc normal. Que la richesse produite par les machines, machines qui pour une bonne part, devraient selon moi appartenir à un patrimoine commun de l'Humanité au même titre que le Louvre ou le Mont Rushmore, ne bénéficie qu'à quelques-uns l'est beaucoup moins.

Facteur aggravant, l'humanité aime toujours autant l'autoflagellation qu'à l'époque où le peuple suivait en masse les sermons dans les églises, et il ne paraît pas choquant à des journalistes de prétendre que chaque Français naît avec 20 000 euros de dettes.

Oui, le Péché Originel s'est quelque peu transformé, mais il est toujours là, dans les mentalités.

Autre facteur de pression sociale, les droits et devoirs des citoyens (comprenez surtout: devoirs) dont on nous rebat les oreilles lors des périodes électorales, et que l'on demande aux conseillers emplois de dicter aux personnes qui recherchent un emploi.

Nous sommes d'accord, l'assurance chômage fonctionnant sur la base de cotisations de ceux qui travaillent, pour qu'elle tourne, il faut beaucoup plus de gens qui travaillent que de personnes en inactivité. En revanche, à quoi cela sert-il de s'acharner sur une personne ne pouvant retrouver d'emploi parce que l'économie en détruit?

Afin de faire diminuer cette satané pression sociale qui provoque chaque année plus de suicides, j'ai eu l'idée de rajouter un additif à la Déclaration universelle des droits de l'homme. Ce serait une sorte d'article n°3 bis, le n°3 précisant: 

Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

 Voici à présent l'article dont j'ai eu l'idée:

De la date de sa naissance à celle de sa mort, à aucun moment, l'homme ou la femme ne devra être amené à justifier de sa vie ou de son existence.

Quand je dis "justifier de sa vie ou de son existence", il s'agit bien de la vie ou de l'existence de la personne, non de son mode de vie ou de son mode d'existence.

Cela signifie, dans mon esprit, qu'on ne peut faire d'adéquation entre la valeur d'une vie humaine et le fait, pour la personne détentrice de cette vie humaine, d'exercer ou non une fonction dans la société.

En clair, la vie est plus précieuse que l'emploi, quel qu'il soit. On ne peut pas vous dire: "vous ne faites rien, donc vous êtes pire que personne, vous êtes des parasites".

Si le pouvoir politique désirait appliquer des programmes à grande échelle visant à remplacer des centaines de milliers d'emplois par an par des machines, sachez que ce serait d'ores et déjà possible. Et notamment en ce qui concerne l'industrie du bâtiment.

Ce que n'ont pas prévu les utopistes qui au cours du XXème siècle, rêvaient de remplacer les hommes par des machines, c'est l'attachement des hommes à leurs emplois. C'est cette idée finalement assez perverse selon laquelle l'homme équivaut à sa fonction. 

Donc, je crois qu'il faut trouver une juste mesure avec les emplois que l'on veut conserver (souvent à coups de subventions, puisque de toute façon les machines font la plupart du temps mieux), mais surtout, envisager très sérieusement une bien meilleure redistribution des richesses.

Ne pas oublier, non plus, que si tout le monde avait les moyens de se rendre aux Bahamas, cela provoquerait une catastrophe écologique. Donc, opérer cette redistribution en fonction de l'environnement.

L'urgence pour moi, avec cet article, c'est surtout d'amener à faire diminuer la pression sociale sur l'individu. Parmi les premiers touchés en France, on trouve bien entendu les artistes, dont l'apport et la créativité demeurent, en 2013, très largement dépréciés.

mercredi 17 décembre 2014

[Archive 18 juin 2013] Réactionnaire, l'exception culturelle française ?

José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a récemment qualifié la France de "réactionnaire" eu égard à sa position à propos de ce qu'il est convenu d'appeler "exception culturelle." De nombreux artistes français, particulièrement dans le cinéma, se sont positionnés pour défendre cette exception. C'est leur droit. Mais cette question fondamentale, il faut le savoir, touche également l'édition, puisque l'exception culturelle française est régulièrement invoquée pour préserver le prix unique des livres, et notamment des livres numériques.

En préambule, on pourrait citer l'écrivain Mario Vargas Llosa : 

« La chose la plus importante que j’ai apprise est que les cultures n’ont pas besoin d’être protégées par les bureaucrates et les forces de police, ou placées derrière des barreaux, ou isolées du reste du monde par des barrières douanières pour survivre et rester vigoureuses. Elles doivent vivre à l’air libre, être exposées aux comparaisons constantes avec d’autres cultures qui les renouvellent et les enrichissent, leur permettant de se développer et de s’adapter au flot constant de la vie. La menace qui pèse sur Flaubert et Debussy ne vient pas des dinosaures de Jurassic Park mais de la bande de petits démagogues et chauvinistes qui parlent de la culture française comme s’il s’agissait d’une momie qui ne peut être retirée de sa chambre parce que l’exposition à l’air frais la ferait se désintégrer. »

Que le système français d'aides et de subventions permette à de nombreux films et festivals d'exister, soit. Au départ, le principe est généreux. Mais comme tout système politique, il est aisément détournable par les grands groupes et leurs lobbies. Rien ne dit que l'exception culturelle française ne permette pas à des producteurs de tourner des émissions de télé-réalité, par exemple.

Rien ne dit que ce système ne permette pas de favoriser certains médias audiovisuels, qui à leur tour aideront les gouvernements en place, de droite ou de gauche.

Là où il devient flagrant que l'exception culturelle conforte la situation de prédominance des grands groupes aux dépens des artistes, c'est bien dans l'édition. Non seulement en France, mais en Allemagne, où le prix unique du livre existe aussi depuis un certain temps, la révolution ebook ne s'est pas réellement produite pour le moment.

Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, en revanche, c'est une toute autre histoire : de nombreux auteurs indépendants vivent à présent de leur plume. Ils sont bien plus nombreux qu'en France à pouvoir en vivre, ou à être en mesure d'opposer un refus aux conditions terriblement injustes - on est dans la servitude moderne - que proposent les grands éditeurs. Certains best-sellers indépendants réussissent même à négocier des conditions décentes, à l'instar de Hugh Howey.

Je suis auteur indépendant. La meilleure aide que pourrait m'apporter le gouvernement serait de ne pas subventionner des grands groupes qui louent des espaces en librairie à l'année. Ce serait de ne pas épauler des grands groupes qui exploitent outrageusement mes pairs. De ne pas favoriser des grands groupes qui prennent les consommateurs pour des vaches à lait, en maintenant des prix de vente outrageusement hauts, notamment en numérique.


Ce serait de favoriser la diversité et la concurrence, y compris dans le milieu culturel.

La culture s'en porterait mieux à mon avis. Quand les aides sont détournées au point de ne favoriser qu'une toute petite minorité de créateurs, elles se mettent à jouer contre la création en général.

mardi 16 décembre 2014

[Archive 13 janvier 2013] "Je suis devenu trop vieux pour la science-fiction"

J'étais hier en dédicace au Cultura de Claye-Souilly. Cela s'est bien passé, mais le soir, je repensais au nombre de personnes toutes séances confondues qui me disent avec un sourire condescendant : "cela fait bien longtemps que je ne lis plus de la SF (ou de la Fantasy)". Sous-entendu : "je suis bien trop vieux, bien trop mûr, bien trop expérimenté pour en lire à présent, je suis passé à autre chose."
 
Bien entendu, cela peut être une question de goût. Les goûts peuvent évoluer, et cela ne se discute pas. Bien entendu, je suis le premier à encourager les lecteurs à ne pas s'en tenir à un seul genre littéraire, mais à avoir la curiosité d'explorer d'autres littératures.
 
On pourrait aussi estimer que ces sourires condescendants ne sont qu'une projection imaginaire de ma part, liée au complexe d'infériorité de l'auteur qui écrit dans les "mauvais genres".
 
Je ne le crois pas. Je me demande plutôt dans quelle mesure ces personnes ne cèdent pas à une forme de pression de la société qui existe, encore de nos jours en 2013, vis-à-vis de la science-fiction.
 
La même pression qui pourrait exister, par exemple, pour des lecteurs de comics, de bande dessinées ou de mangas. Celle de se voir catégorisé en tant que "lecteur immature".
 
Dans ce cas, je suis immature. Et fier de l'être.
 
Au sujet de la SF, il n'y en a pas une mais plusieurs : hard science fiction, fiction spéculative, space et planet opera, cyberpunk, post-apocalyptique, militaire, steampunk, voyage dans le temps... Des SF en perpétuelle évolution et qui, comme les autres genres littéraires, ne sont pas figés dans le temps mais reflètent l'évolution de la société en même temps que des technologies.
 
Faire preuve d'éclétisme oui, bien sûr, mais si vous faites réellement preuve d'éclectisme, vous lisez aussi de la SF. Et de la Fantasy. Sans honte, de préférence. Avec les liseuses électroniques, rassurez-vous, personne ne saura de toute façon si vous lisez de la SF, de la littérature érotique ou le dernier traité de philo...
 
Je n'aurais pas écrit ce billet si je n'avais rencontré hier une personne qui à elle seule a quasiment illuminé ma séance. Un vieux bonhomme dans les soixante-quinze ans. 
 
Une étincelle dans les yeux, il m'a parlé des auteurs de l'âge d'or de la SF, du premier numéro de la revue Fiction (1953) qu'il possède encore, de Jimmy Guieu... Il ne donnait pas l'impression d'être vieux mais jeune. Jeune de sa passion.
 
Alors oui, quand il m'a pris un exemplaire de mon recueil les Explorateurs, mon ego n'aurait pas davantage été boosté si Robin Hobb m'avait acheté un exemplaire du Souffle d'Aoles.
 
Mais ce n'était pas seulement une question d'ego. Il m'a redonné de l'espoir. On peut continuer à aimer la SF à 75 ans. On n'était pas aux Jeux Olympiques, mais il m'a transmis la flamme.

lundi 15 décembre 2014

Offre Kindle Unlimited : une bonne chose, mais pas pour les auteurs autoédités

Depuis peu, l'offre Kindle Unlimited est arrivée en France. Elle permet de télécharger en illimité "plus de 700 000 titres, dont 20 000 en français, pour 9,99 € par mois." Avec en tête de liste des romans comme Harry Potter à l'école des sorciers, de J.K. Rowling, Mémé dans les orties, d'Aurélie Valogne, Troie, de David Gemmel, ou le tout récent Projet Anastasis, de Jacques Vandroux. Une offre très intéressante pour les lecteurs, qui a l'avantage de mettre sur le devant de la scène les ebooks... mais nettement moins intéressante pour les auteurs autoédités.

Sois toi-même ton concurrent le plus féroce, et pour cela, Ne crains pas de chambouler ton propre modèle, tels pourraient être les deux adages suivis par Jeff Bezos, le patron d'Amazon. Qui nous en offre de nouveau une belle illustration avec l'offre Kindle Unlimited (KU). 

Dans la lignée d'offres illimitées comme celles de Netflix pour les films, et de la montée en puissance du streaming (lecture en continu sur Internet) KU a l'avantage de remettre le livre, et l'ebook en particulier, sur le devant de la scène. Le livre n'a en effet jamais été autant concurrencé, que ce soit par les jeux vidéos ou par les films et séries TV, que de nos jours.

En tant qu'amoureux des livres et romans, je me réjouis donc de cette nouvelle perturbation qu'introduit Jeff Bezos dans un univers qui a tendance à un peu trop ronronner. Je m'en réjouis d'autant plus que par contraste, cette offre révèle l'absurdité, et la tendance à la rigidification, causée par la loi sur le prix unique du livre numérique en France.

Certains acteurs, comme le président du Centre National du livre Vincent Monadé, se demandent en effet à juste raison comment une telle offre pourrait être compatible avec cette loi sur le prix unique du livre numérique. Elle ne l'est sans doute pas, mais à mon sens, cela remet davantage en cause cette loi protectionniste et rigide plutôt que cette offre.

Mais Amazon est-il vraiment le précurseur de ce type d'offre? Ou ne vient-il que concurrencer certains services qui existent déjà? Après tout, France Loisirs ne date pas d'hier.

D'autres acteurs réagissent, comme le Tiers livre, avec son pass 20€ pour accéder de manière permanente à l'ensemble de ses ebooks.

Alors pourquoi, alors même qu'en tête d'article, je citais deux romans autoédités, Projet Anastasis, le nouveau thriller de Jacques Vandroux (n°1 de la boutique Kindle à l'heure où j'écris ces lignes) et Mémé dans les Orties d'Aurélie Valognes (n°3 de la boutique Kindle), deux romans qui marchent donc très très fort, pourquoi est-ce que j'ose prétendre que Kindle Unlimited n'est pas favorable aux auteurs indépendants? 

Parce que, pour leur immense majorité, c'est le cas. 

Amazon sait très bien jouer de l'effet marketing que permettent des positions de leader, mais l'immense majorité des auteurs indépendants ne possèdent aucun roman dans le top 100 des livres. Pour avoir son œuvre sur Kindle Unlimited, l'auteur indépendant, contrairement à l'auteur traditionnellement publié, doit rendre disponible en exclusivité ce livre en format numérique sur Amazon. Or, si votre livre ne figure pas dans le top 100, il y a de très fortes chances que vous perdiez de l'argent en ne le rendant pas disponible sur d'autres plates-formes comme Kobo ou Apple. 

Aux Etats-Unis, où l'on possède la distance nécessaire pour juger des effets de Kindle Unlimited, la dernière étude d'Author Earnings, qui date d'octobre 2014, établit exactement cela: dans l'immense majorité des cas pour les auteurs indépendants, à moins de "fonctionner" déjà avec KDP Select (les ebooks en exclusivité chez Amazon), il n'est pas rentable de mettre ses livres sur Kindle Unlimited.

Pire encore, de nombreux auteurs indépendants américains habitués à fonctionner en exclusivité avec Kindle, reconnaissent qu'ils perdent de l'argent avec Kindle Unlimited, y compris l'un des plus ardents défenseurs d'Amazon, l'auteur Joe Konrath (il l'a dit en passant et son billet ne portait pas sur KU, mais tout de même).  Les sommes perçues par les auteurs sont en effet fixes, et encore faut-il que plus de 10% des ebooks aient été lus pour que leurs auteurs perçoivent ces sommes, souvent inférieures au prix habituel du livre lorsqu'il n'était pas présent sur Kindle Unlimited.

L'auteur Jacques Vandroux a déjà laissé un commentaire sur ce blog. S'il accepte de nouveau de le faire, il pourra sans doute témoigner que Kindle Unlimited lui est profitable, et je n'ai aucun doute là-dessus. 

Si Kindle Unlimited n'était pas lié à la notion d'exclusivité, j'aurais moi-même volontiers essayé ce nouveau service pour au moins l'un de mes romans. J'estime en effet qu'il peut amener un regain de visibilité, mais je l'aurais fait à titre expérimental, en étant persuadé que pour moi, auteur dont les ebooks ne figurent jamais dans le top 100, ce service n'apporterait de toute façon pas grand-chose.

Je l'aurais fait parce que mes ventes d'ebooks ne sont pas ce qui me fait vivre, cette année par exemple, j'ai vendu largement plus du double de livres en format papier. 

Et je pense que pour certains éditeurs traditionnels qui le font, comme Mango Jeunesse ou Fleurus, cela peut être un plus. 

Si j'étais éditeur d'une petite maison d'édition et que l'un de mes auteurs soit susceptible d'accrocher le top 100, étant donné qu'il n'y a pas de notion d'exclusivité pour les maisons d'édition, je tenterais le coup avec l'accord de l'auteur en question, bien sûr. 

Est-ce que ce genre d'offre risque d'entraîner une perte de valeur des ebooks, et de renforcer la notion que tout ce qui est numérique doit être gratuit ou presque? Le débat est ouvert, mais je vais tout de même "me mouiller". 

Je pense que la plupart des lecteurs qui adhèrent à ces offres sont des lecteurs voraces ou des curieux, et qu'ils savent pertinemment qu'ils ne bénéficient pas d'un choix aussi large que les autres. Les abonnés de France Loisirs que je rencontre en dédicace savent qu'ils ne retrouveront pas mes livres en catalogue. 

Je pense donc qu'avec ce type d'offre, on développe un autre type de lectorat tout en donnant un coup de projecteur aux livres, et dans l'ensemble, je suis persuadé que c'est favorable au livre en général. 

En tant qu'auteur indépendant, je n'utiliserais néanmoins pas cette formule tant qu'elle se présentera sous cette forme, c'est à dire sous condition d'exclusivité. 

[EDIT] Un premier retour d'expérience de l'auteur Jacques Vandroux pour son roman Projet Anastasis. Jacques a eu la gentillesse de laisser un commentaire sur ce blog (cliquer sur "les plus récents d'abord"). Voir aussi le blog de Jacques, KDP Select or not KDP Select?
Pour les anglophones, un retour d'expérience datant d'Octobre 2014 de l'auteur K. Matthew. Je n'avais pas lu l'article auparavant, mais ses conclusions rejoignent en grande partie les miennes. Avec un ajout de taille, tout de même: Kindle Unlimited peut être intéressant pour les histoires courtes (nouvelles).

vendredi 12 décembre 2014

[Archive 11 décembre 2012] Quand le net devient un véritable outil de partage

Vous avez remarqué à quel point Internet devient interconnecté? Avec, par exemple, des sites comme Facebook qui vous permettent de vous connecter à de nombreux autres sites sans changer de mot de passe. Cela devient d'autant plus intéressant pour les auteurs quand cette interconnexion peut permettre de relier votre livre sur Babelio à votre page de vente Amazon, sans que vous n'ayez eu aucune intervention à faire. Et l'intérêt se démultiplie encore avec les fonctions de partage d'extraits de livres sur les réseaux sociaux des nouvelles liseuses à base d'encre électronique.
 
Oui, cela a été une bonne surprise pour moi de voir les pages de mes livres sur Babelio se doter, non seulement de boutons Facebook et Twitter où tout un chacun peut "cliquer son intérêt" pour les ouvrages en question, mais aussi de boutons de partage vers une adresse mail ou même un blog - avec dans ce dernier cas le code HTML de la page du livre Babelio à recopier dans votre billet. Ce à quoi il faut ajouter, bien sûr, le bouton d'achat vers la page Amazon de mes ebooks et livres papier.
 
Tout cela sans mon intervention. Il a bien sûr fallu que je me crée un profil Babelio et que je référence mes livres, mais ensuite, les pages ont évolué "toutes seules". C'est une bonne surprise parce que l'aspect promotionnel sur internet est une sorte de gouffre où l'on a le plus souvent l'impression de perdre son temps.
 
Babelio a d'ailleurs bien progressé, devenant un réseau social du livre convivial et dynamique, avec une sélection très rapide des titres que vous avez lu, la possibilité de les noter (et, comme on a vu, de les partager), un quizz sur les ouvrages qui apparaît sur la page d'accueil, des critiques et appréciations, et même des vidéos (interviews d'auteur notamment). Bref, tout ce qu'il faut pour les vrais mordus des livres, en évitant les myriades de gadgets inutiles de Facebook.
 
Tout cela est donc excellent pour les lecteurs et les auteurs. Avec un bémol, toutefois, c'est que les ventes, quant à elles, se font malgré tout rarement toutes seules.
 
En fait, plus je progresse dans ma connaissance des outils promotionnels, plus je me rends compte que chez certains auteurs, lesquels ne font en cela qu'imiter les éditeurs, l'amélioration des ventes est un jeu de pouvoir et d'influence. Il faut se créer une base de "fans", de "vrais lecteurs", et, en quelque sorte, les instrumentaliser en leur envoyant des livres ou ebooks, à condition qu'ils rédigent des commentaires sur les différents sites de vente sur le net au moment de (ou même avant) la parution de l'ouvrage.
 
On se retrouve ainsi avec de nombreux commentaires, sur les sites en question, qui ne représentent finalement que ces "groupes de pression", du moins dans un premier temps. Une tradition qui nous vient, comme je le disais, des éditeurs.
 
On peut aussi, à un niveau corporatiste, pour un groupe d'auteurs ou d'éditeurs, tout miser sur une seule identité d'un commentateur internet, afin de le faire monter en crédibilité auprès du public. Je n'explique pas autrement les 28 000 commentaires et plus d'Harriet Klausner sur Amazon. A ce sujet, il serait grand temps que les sites de ventes signalent quand un commentaire a été rémunéré, en nature (livre ou ebook) ou par virement. Question d'honnêteté.
 
Ces aspects promotionnels seraient, je dois dire, plutôt de nature à me dégoûter par rapport à mon statut d'auteur qu'à m'encourager à l'écriture. Je les comprends (il faut bien faire bouillir la marmite) sans pour autant les accepter.
 
Heureusement, il y a aussi des auteurs qui réussissent à percer sans mettre sur pied ces groupes de pression. Et puis il y a la passion de la lecture, qui doit de toute façon nous relier au public. Et justement, les fonctions de partage des dernières liseuses électroniques, ou derniers lecteurs d'ebooks, comme on veut, ouvrent des perspectives aux lecteurs.
 
Je viens d'acquérir une liseuse Kindle Paperwhite. Il est possible d'y partager un livre (lien d'achat) sur Facebook et Twitter, mais aussi des passages d'un livre, qui peuvent représenter plus d'une page. On peut y ajouter un message d'une centaine de caractères au maximum. Dommage que cela ne soit pas (encore ?) relié à des sites comme Babelio.
 
Dictionnaire intégré, possibilités de traduction d'une langue à l'autre de certains mots (à condition d'être en mode connecté), recherche de termes sur un ou plusieurs volumes (mode déconnecté ou connecté sur le cloud) ou sur Wikipédia (connecté), les possibilités de la Paperwhite n'ont plus rien en commun avec les premières générations d'ebooks.
 
Le goût de lire s'en trouve stimulé, et on peut espérer qu'à l'avenir, il soit de plus en plus facile de découvrir et d'apprécier de nouveaux auteurs.

jeudi 11 décembre 2014

[Archive 31 octobre 2012] Succès, gloire... et amour ?

Rassurez-vous, ce blog ne s'est pas d'un seul coup transformé en extension de Voici ou Gala. Simplement, je suis tombé hier sur cette info : la moitié des footballeurs européens finissent ruinés. Par ailleurs, selon le même article, en NFL (football américain), 78% des joueurs ont tout perdu moins de deux ans après avoir raccroché, et 60% des joueurs de NBA n'ont plus rien dans les cinq ans qui suivent l'arrêt de leur carrière. Wow. C'est leur problème, me direz-vous. Mais ce serait oublier qu'ils relèvent d'un modèle, le star-système, qui impacte une majorité de la population.
 
Il est beaucoup plus difficile d'avoir ce genre de chiffres pour des artistes car pour eux, la fin de carrière signifie souvent la fin de vie. Mais je suis persuadé que le problème est à peu près identique.
 
L'article donne la raison principale, le manque d'éducation : Le train de vie dispendieux des athlètes (achats de maisons, voitures de luxes, bijoux) n’expliquerait pas tout. La faillite de certains serait plus souvent le fait de mauvais placements, d’investissements désastreux, de divorce coûteux et de la mauvaise influence d’agents et des conseillers peu scrupuleux.
 
L'argent facile peut conduire à vouloir afficher sa fortune, par ses possessions, son train de vie et ses fréquentations. Cela nous renvoie à un narcissisme qui remonte à l'adolescence, à l'époque où il fallait une paire de baskets ou un sac à main de marque pour afficher son rang.
 
Eh oui, notre société n'est pas seulement jeuniste, elle nous pousse à revenir au stade de l'adolescence. Est-ce parce que les "p'tits gars du marketing" ont calculé que c'est à cet âge qu'on dépense le plus par rapport à ce que l'on possède ?
 
Pour les artistes et les sportifs de haut niveau, évidemment, ce problème de narcissisme se trouve décuplé, parce qu'il y a le regard du public, que ce soit dans les stades de foot ou les salles de concert (qui sont parfois un seul et même lieu).
 
Quand un artiste tombe amoureux d'un fan, est-ce qu'il tombe amoureux de la personne ou bien de son propre succès qui lui est renvoyé comme dans un miroir ? L'artiste ou le/la sportif(ve) aura beau jeu de dire après le divorce que son mari ou sa femme l'a épousé pour son argent ou sa célébrité, les torts seront partagés, parce que lui ou elle aussi aura fait ce choix pour les mauvaises raisons.


Sans vouloir faire de morale, quand on n'est pas aimé pour soi-même, quand de soi-même, naturellement, on ne donne pas sans espoir de recevoir quelque chose en retour, il ne faut pas s'étonner que la relation s'interrompe brutalement (et douloureusement). En la matière, il ne faut pas se fier aux déclarations de l'autre, mais bien aux actes. Et aussi à ses propres actes.
 
Si les psychologues sont et resteront dans les années à venir une profession en vogue dans notre société-qui-marche-sur-la-tête, c'est parce qu'ils peuvent parfois aider à franchir des étapes initiatiques, des étapes qui permettent de passer à l'âge adulte et d'obtenir une meilleure estime de soi (notion très différente de l'image que l'on projette aux autres, qui renvoie au narcissisme).
 
Mieux vaut construire sur du réel et du solide.
 
Je n'irai pas jusqu'à dire que les footballeurs ont besoin de redevenir pauvres pour comprendre ce qu'est la vie, ce serait cynique et sans doute faux. Néanmoins, se mettre dans des conditions permettant de se trouver soi-même, voilà qui ne ferait pas de mal à des personnes n'ayant jamais connu que l'opulence - l'idée de "stage de pauvreté" n'est pas nouvelle, elle est déjà exploitée par des producteurs d'émissions de télé-réalité par ailleurs très contestables.
 

mardi 9 décembre 2014

[Archive 7 août 2012] Edition/autoédition : Comment mieux vendre, par Dean W. Smith

L'écrivain américain Dean Wesley Smith a écrit un billet intitulé : Edition : comment tuer ses ventes coup après coup, (Publishing : killing your sales one shot at a time). J'ai préféré le traduire ici par le plus positif quoique banal "comment mieux vendre", même si cela ne reflète pas la métaphore et l'humour particulier de l'auteur. Bref. Il y est question de couverture et de quatrième de couverture, c'est à dire les différents aspects marketing sur lesquels un autoéditeur "a la main". Les conseils recoupent en partie ma propre expérience, et m'ont paru suffisamment pertinents pour recommander aux personnes intéressées de faire un tour sur son site, en suivant ce lien.
 
On sait qu'outre la qualité intrinsèque du livre, sujet que je n'aborderai pas ici, il n'y a pas de recette miracle pour vendre. Les professionnels ne sont pas toujours d'accord entre eux sur de nombreux aspects. Ces conseils ne conviendront pas à tout le monde, il est d'ailleurs possible qu'un jour, des ebooks se vendent précisément en raison de leur aspect "non professionnel".
 
En ce qui me concerne, j'essaie comme Dean Wesley Smith de donner un aspect pro, ou au moins semi-pro, à mes livres. On peut y arriver sans tenir compte du moindre conseil, mais en observant simplement scrupuleusement ce qui se fait, et ce qui marche.
 
A ce titre, l'expérience des séances de dédicaces est précieuse, puisque je peux voir, en terme de présentation rapide de mes livres, ce qui fait mouche parmi les personnes que je rencontre. Et le reproduire plus ou moins pour mes quatrième de couverture.
 
Les différents conseils de pro peuvent tout de même faire gagner du temps, c'est pourquoi je les lis avec attention, bien évidemment sans me départir de mon esprit critique.
 
Des conseils tout simples comme ceux que donne Dean Wesley Smith: augmenter la taille du nom de l'auteur pour le rendre plus repérable sur les petites vignettes, faire en sorte de donner le même look aux séries de livres, écrire une présentation qui ne décrive pas l'intrigue, mais permette aux lecteurs de savoir de quoi il retourne (d'après ce que j'ai compris, on privilégie alors la thématique et les genres et sous-genres), faire en sorte de donner du contraste aux caractères d'imprimerie et de choisir les mieux adaptés au genre en question, tout cela me semble pertinent.
 
N'hésitez pas non plus à lire la section commentaires du billet de Dean W. Smith, les débats permettent toujours de mieux se forger une opinion.
 
Un autre auteur, Jordan Strafford, estime que la couverture représente 40% des ventes. D'après lui, le prix de votre roman ou ebook représente aussi 40% des ventes. Les 20% restants représentent le reste, les critiques de votre livre, et les opinions des gens ("j'ai aimé votre bouquin et je vais essayer le suivant").
 
Jordan Strafford analyse également avec un certain détail différentes couvertures qui marchent, exemples à l'appui : les couleurs, le contraste. Son billet vaut aussi le détour. En gardant à l'esprit, bien sûr, que tout cela n'est pas une science exacte, et que l'originalité peut aussi être un atout.

lundi 8 décembre 2014

Infantilisation

La montée du chômage provoque, c'est connu, une tension croissante qui rigidifie les mentalités et stratifie les gens dans leur travail, rendant la mobilité de plus en plus difficile. Le pouvoir des "petits chefs" se trouve d'autant plus renforcé quand la peur de perdre son travail augmente. Ce phénomène renforce bien souvent le processus d'infantilisation au sein de l'entreprise. Dans le milieu de l'édition, où les places sont plus chères qu'ailleurs, ce processus d'infantilisation est encore bien plus présent qu'ailleurs.

On pourrait penser que le métier d'auteur publié à compte d'éditeur par l'édition traditionnelle se rapproche de celui d'un libéral, par exemple d'un journaliste pigiste. En effet, les auteurs ne bénéficient pas de la mutuelle d'une société, ni des primes accordées par les sociétés d'édition à leurs employés, ils n'ont pas les avantages liés à un comité d'entreprise (vacances, voyages, tickets restaurant) et n'ont pas les mêmes cotisations retraites. 

L'Agessa, la caisse qui règle la sécurité sociale et les différentes cotisations des auteurs revient plus cher aux auteurs, dont l'immense majorité ne gagne déjà pas sa vie avec l'écriture, que le coût des caisses de cotisations des grosses maisons d'édition aux employés de ces structures. Pour tout dire, l'Agessa n'est pas réputée faire preuve d'une grande générosité envers les auteurs traditionnellement publiés.

Il y a donc un sacrifice important fait par ces auteurs. Logiquement, la contrepartie de ce sacrifice devrait être une liberté bien plus grande, la possibilité par exemple de changer de maison d'édition en un clin d’œil, ou de travailler avec un agent littéraire pour négocier au mieux ses droits. 

J'ai déjà dit ici que les agents littéraires étaient largement contestés aux Etats-Unis, car réputés œuvrer au premier chef pour le bénéfice des éditeurs et non des auteurs qu'ils sont censés représenter. Mais bon, il y a des exceptions, et la démarche de base, vouloir se rapprocher d'une personne (qui peut être aussi un avocat spécialisé dans l'édition) susceptible d'aider l'auteur publié de manière traditionnelle à négocier au mieux ses droits et à changer d'éditeur si le besoin s'en fait sentir, cette démarche est saine.

Malheureusement, on s'aperçoit que la liberté des auteurs dans l'édition traditionnelle est complètement illusoire. Le simple fait de vouloir travailler avec un agent littéraire peut vous contraindre à cesser aussitôt toute relation avec votre éditeur, et ce, même quand vous vous appelez Fred Vargas.

L'éditeur, à partir du moment où il fait vivre l'auteur de sa plume, devient ainsi une sorte de père nourricier auquel l'auteur ne peut rien refuser. Ainsi, seuls quelques rares bestsellers auront le dernier mot quant aux corrections apportées à leur manuscrit. 

Alors que l'on demande à ces mêmes auteurs traditionnels d'assurer eux-mêmes leur propre promo, ils sont la plupart du temps privés de la parole comme un enfant sous l'autorité d'un père ou d'une mère rigide à table, n'ayant pas le droit de dire ce qu'ils pensent du contenu de leur contrat.

Même là où ils pourraient s'exprimer, l'autocensure joue aussi un rôle énorme. L'auteur traditionnellement édité consent donc à d'énormes sacrifices personnels, pour se retrouver avec tous les inconvénients d'un employé soumis à un petit chef. 

L'autoédition représente une masse importante de travail pour un résultat incertain, mais la marge de manœuvre est beaucoup plus importante que dans l'édition traditionnelle, et le deviendra d'autant plus que le marché de l'ebook prendra son essor et permettra de vrais débouchés.

Les effets pervers de l'autorité et de la verticalisation, auxquels on pourrait opposer la décentralisation et l'indépendance, se font sentir à tous les niveaux dans la société. On sait par exemple que les Assédics, qui étaient organisés en différents départements dans la région Ile de France à l'époque où ils portaient ce nom, sont devenus bien moins efficaces depuis qu'ils ont été regroupés au sein de Pôle Emploi. On a cassé quelque chose qui fonctionnait juste pour centraliser les choses. 

Ces notions de verticalité et de marge de manœuvre qu'il faut ou non laisser sont bien sûr issues de la structure familiale, plus ou moins patriarcale. Mais dès l'enseignement, le fait d'ériger les chiffres et la compétition en repères sacrés fait des ravages. L'expérience a été faite de réunir au sein d'une même classe uniquement des élèves surdoués. Eh bien à la fin de l'année, cette classe possédait ses cancres, ses élèves moyens et ses meilleurs élèves. Pourquoi? Parce que l'enseignant, en donnant des notes aux élèves, avait fait ce qu'on lui demandait, c'est à dire qu'il avait établi une hiérarchie dans sa classe. 

L'enseignant le plus habile n'est pas celui qui se crispe sur son autorité et son pouvoir. Les logiques de coopération et de décentralisation sont bien plus favorables à l'individu comme au groupe. C'est souvent la peur de l'inconnu et de l'expérimentation qui empêche les meilleures initiatives.

L'autoédition, qui pourrait apparaître comme le summum de l'égoïsme, fournit au contraire de très beaux exemples d'entraide entre auteurs, et à titre personnel, je me sens beaucoup plus libre depuis que j'ai choisi cette voie. Libre, mais pas forcément isolé.

jeudi 4 décembre 2014

[Archive 21 avril 2012] Le spectre des DRM

Dans la panoplie d'arguments cités par les détracteurs de l'ebook, l'on avance souvent les DRM (Digital Rights Management, verrous numériques). Et pour faire bien peur, on cite la possibilité pour Amazon d'effacer des lecteurs d'ebooks des livres déjà achetés, par le biais de ces DRM. Scandaleux, n'est-ce pas ? Or, on oublie une chose : Amazon donne la possibilité aux éditeurs de mettre ou non des DRM. Ils ont le choix.
 
A ma connaissance, l'un des rivaux d'Amazon, le Nook de Barnes & Noble, impose les DRM à tous les auteurs indépendants et éditeurs qui y mettent en ligne leurs ebooks. De même, la plate-forme de vente en ligne Numilog impose les DRM pour tous les ebooks qui y sont vendus. Et qui retrouve-t-on derrière Numilog? Le groupe Hachette. [EDIT 04/12/2014] : Numilog a été rétrocédé à son fondateur, Denis Zwirn. La nouvelle date du 17 avril 2012. Source : Cnet. En outre, Numilog permet désormais aux autoédités de publier sans DRM, mais le site reste payant.
 
Dans les romans policiers, les détectives recherchent toujours le mobile du crime. Qui a intérêt à imposer un contrôle maximal pour lutter contre le piratage ? Les éditeurs, bien sûr. Encore qu'il n'est pas sûr que leur véritable intérêt soit bien compris d'eux-mêmes, ni de leurs auteurs. Amazon a eu l'intelligence de permettre aux éditeurs, et aux auteurs indépendants, de ne pas mettre de DRM sur leurs ebooks. Je crois qu'il est important de le rappeler ici, étant donné certaines infos qui circulent, y compris sur des sites comme ActuaLitté. 
 
Le plus grand défaut du site d'Amazon vient à mon sens de l'absence d'indication "avec ou sans DRM", c'est pourquoi, pour mes propres ebooks vendus chez eux, j'ai fait le choix de mentionner dans la présentation qu'ils sont vendus sans DRM.
 
Attention aussi à ne pas faire l'amalgame entre DRM et format propriétaire. Amazon impose un format propriétaire : en conséquence, vos ebooks Kindle ne pourront être lus sur d'autres lecteurs d'ebooks que si vous vous servez d'un logiciel gratuit comme calibre pour les convertir au format epub, le plus universel. Les DRM empêchent la conversion en un autre format. Et vous ne pourrez rapatrier des epubs sur votre Kindle qu'en les convertissant en format prc mobi ou azw (formats amazon).
 
D'autres concurrents utilisent des systèmes propriétaires, comme Apple ou Barnes & Noble. Ces systèmes visent à fidéliser les lecteurs. C'est cette stratégie qui a d'ailleurs historiquement permis à Apple de survivre contre Microsoft et Windows. Dans le cadre des ebooks, je n'y suis pas favorable personnellement, puisque les formats propriétaires nuisent à la liberté des lecteurs.
 
Mais il faut être réaliste : toutes les personnes ne sauront ou ne voudront utiliser un logiciel comme calibre. Tout le monde n'aime pas "mettre les mains dans le cambouis". Tout le monde n'est pas geek. Si vous êtes un lecteur non geek, que vous recherchez la compatibilité et êtes prioritairement intéressés par les ebooks gratuits, j'aurais tendance à vous conseiller une liseuse numérique de type Bookeen, Sony ou Kobo.
 
Si vous êtes non geek et que vous cherchez à lire les dernières nouveautés de librairie, en français ou en anglais, je recommanderais le Kindle. Pas forcément à cause de l'appareil en lui-même, mais parce que l'écosystème du site d'Amazon est supérieur à tous les autres. Meilleure navigabilité, plus grand choix de livres, etc.
 
A ce sujet, cela tombe bien, les nouveaux Kindle Touch et Kindle 3G sortent aujourd'hui. Amazon a avancé sa date de sortie d'une semaine. A noter qu'il y a aussi des ebooks gratuits sur les sites marchands que sont Kobobooks et Amazon, entre autres.
 
Enfin, si vous êtes un geek, vous irez forcément vers les liseuses assurant le plus de compatibilité, donc les Bookeen, Sony, Kobo, ou autres capables de lire directement de l'epub. Quitte à récupérer ensuite des ebooks que vous ne pouvez trouver que sur Amazon pour les convertir sur votre liseuse grâce à Calibre.
 
Dernier conseil : lisez les extraits de livres avant d'acheter. Des sites comme Kobobooks et Amazon, contrairement au site de la Fnac.fr, donnent la possibilité de télécharger directement sur votre liseuse les extraits d'ebooks. Profitez-en pour tester les auteurs que vous ne connaissez pas. Le cas échéant, n'hésitez pas à vous rendre sur leur site personnel, pour savoir ce qu'ils font d'autre. Et si vous souhaitez vraiment encourager les auteurs indépendants, vous pouvez même acquérir leurs ebooks sur leur site !
 
Sur le mien, par exemple, vous trouverez les deux formats, PRC Mobi et epub. ;)

mardi 2 décembre 2014

[Archive 9 avril 2012] L'auto-promotion, l'apanage des auteurs auto-édités ?

Il est généralement admis que la réussite et la visibilité d'un auteur autoédité passent entre autres par une auto-promotion massive. Pour un auteur publié de manière traditionnelle, il est rassurant et réconfortant  de se dire qu'il va pouvoir entièrement se reposer sur son éditeur pour cet aspect des choses. D'autant que la promo est un peu la syphilis de la profession, la maladie honteuse. Hélas, la réalité est bien éloignée de cette conception idéaliste des choses.
 
Quel est à votre avis le tout premier acte promotionnel d'un auteur ? La réponse est simple. La toute première auto-promo, c'est de faire lire à autrui ses textes. Cela peut être un proche ou quelqu'un de plus éloigné, peu importe. L'auteur franchit le pas de la publicité qu'il donne à son oeuvre, par essence, quand il la fait lire à quelqu'un d'autre.
 
Donc, l'un des tout premiers actes d'auto-promo, n'en doutez pas, consiste à envoyer votre manuscrit à un agent littéraire ou un éditeur. Certes, il peut exister des cas où la démarche est effectuée par un proche qui croit énormément en l'auteur et fait parvenir ses écrits à un éditeur, mais même dans ces cas-là, l'auteur donne de manière plus ou moins tacite son consentement.
 
Maintenant, en dehors de l'écriture, qu'est-ce qui, en tant qu'auteur autoédité, me prend le plus de temps et me demande le plus d'énergie ? Les séances de dédicaces, bien sûr. Et quel est le point commun entre un auteur autoédité et un auteur publié qui entend vraiment prendre sa carrière en main et faire connaître ses livres tout en augmentant sa notoriété personnelle ? Les séances de dédicaces. La rencontre avec le public.
 
Quand un Bernard Werber va signer deux cents romans en une journée au Salon du livre Porte de Versailles, ne me dites pas qu'il le fait seulement pour les beaux yeux de son éditeur. Même chose quand il fait la tournée des plateaux télés ou participe à un shooting photo pour que sa trombine apparaisse sur les affiches du métro. L'éditeur et l'auteur mettent ensemble au point une marque qui doit devenir connue, celle du nom de l'auteur. Pour celui-ci, on est bien tout à la fois dans la promo et l'auto-promo.
 
Comme on le voit, là où l'objectif est le même, les moyens de l'obtenir peuvent parfois se rejoindre. En ce qui concerne l'auto-promo, la seule différence notable que je vois entre un autoédité et un auteur publié en quête de notoriété, c'est l'envoi de SP (Service Presse), ces livres à destination des médias. L'autoédité les envoie lui-même là où l'éditeur se chargera de les envoyer à la place de l'auteur publié. Il s'agit d'un domaine extrêmement spécifique, et qui représente une activité très restreinte - et d'autant plus que l'efficacité des SP au regard de la publicité donnée à l'oeuvre devient de plus en plus discutable.
 
Pour le reste, on ne parlera plus d'auto-promo, mais de logistique et d'apport financier et relationnel : oui, un autoédité doit s'occuper de l'aspect logistique, à savoir l'organisation des séances de dédicaces et le recouvrement des factures. Oui, il doit aussi financer ses livres. Oui, une grande maison d'édition apporte de son côté en plus un budget marketing, des listes de diffusion et un réseau relationnel.
 
Mais croire, pour un auteur traditionnellement publié, qu'il pourra entièrement se reposer sur son éditeur pour la promo relève du fantasme. De nombreux auteurs publiés ont leur blog, leur page Facebook ou leur Twitter, et mettent eux-mêmes la main à la pâte.
 
Alors évidemment, il est possible, voire souhaitable que dans un avenir assez proche, l'aspect promotionnel perde de son importance du fait de la pertinence des algorithmes des sites de vente en ligne comme Amazon. On n'aurait plus à faire connaître nos livres, puisque les lecteurs les trouveraient d'eux-mêmes.
 
Néanmoins, il faudra toujours assurer un point de départ à son activité d'auteur, un lectorat de base. Que cela soit en parlant de son livre à ses proches ou en faisant sa promo sur le net, l'auteur ne pourra se défausser de cette responsabilité inhérente au métier. J'ai la faiblesse de croire que l'on peut garder sa dignité d'homme ou de femme tout en s'inscrivant dans cette démarche. Pour moi, la véritable indignité consisterait à donner mes droits à un éditeur pour quelques miettes.

lundi 1 décembre 2014

[Archive 28 février 2012] Les artistes doivent-ils expier pour la société ?

La réponse est dans la question, bien sûr. Le sujet pourrait sembler déplacé à l'heure où la comédie The Artist triomphe aux Oscars, il pourrait même paraître tout à fait à contre-courant quand, par exemple, la téléréalité promet de faire de n'importe quel inconnu une star. Mais l'époque n'en est pas à une contradiction près.
 
En tant qu'auteur autoédité, je suis bien placé pour dire que l'écrémage massif qui se fait en maison d'édition au moment du tri des manuscrits, ces spaghettis lancés sur le mur et dont on attend de voir s'ils vont coller ou pas, pour reprendre l'expression imagée de Barry Eisler, cette élimination impitoyable et forcenée est, dans une mesure non négligeable, injustifiée. Oh, je ne vais pas prétendre que tous les manuscrits sont publiables, loin de là. Mais lorsque l'on voit que même de bons auteurs publiés peuvent ensuite retomber dans l'oubli du jour au lendemain pour d'obscures raisons, il y a de quoi se poser des questions.
 
Cette sélection procède d'une volonté de créer des marques fortes, avec des auteurs souples et malléables autant que possible. Les contraintes physiques et matérielles n'expliquent pas tout, loin de là. Amazon a prouvé qu'avec de la bonne volonté et de l'imagination, on pouvait d'ailleurs faire largement reculer ces contraintes d'espace sur les rayons. Si les grandes maisons d'édition s'étaient dotées de secteurs de recherche et développement, elles n'auraient pas vu un tel concurrent débouler avec autant de force et de percussion. N'allez pas me dire qu'elles n'en avaient pas les moyens...
 
L'idée redoutablement élitiste selon lequel l'entonnoir doit avoir l'extrémité la plus fine possible pour ne laisser passer que les meilleurs se retrouve battue en brèche par le succès d'auteurs autoédités outre-Atlantique. Mais cette idée s'inscrit dans une tendance lourde, celle de l'expiation des artistes ou de ceux qui voudraient le devenir.
 
Regardez les 35 heures. On sait que l'on produit plus avec moins d'efforts, on sait que certains s'enrichissent toujours plus aux dépens du plus grand nombre, on sait que l'on va à grands pas vers une société de loisirs, et malgré tout, on reste sur cette idée doctrinaire et stupide de la méritocratie par le "travail". Et quand je dis "travail", il faut l'entendre au sens étymologique du terme : du latin tripaliare, torturer. Car bien sûr, quand les grands pontes du gouvernement français, notre président à leur tête, parlent du travail, c'est celui des ouvriers, pas celui du publicitaire ou du trader. Vous avez dit réactionnaire ?
 
Ces gouvernants jouent bien entendu sur les nombreuses peurs qu'engendrent ces mutations profondes de la société. Si l'on fait disparaître la "valeur travail", pensent-ils, tout va se casser la gueule. Et comme le travail intellectuel est infiniment moins facile à mesurer que celui reposant sur la force des biceps, on fait reposer toute la méritocratie sur le travail des ouvriers dans les usines. Mais les machines et les nouvelles technologies ne vont pas tout à coup disparaître pour se conformer à des mentalités arriérées (je ne parle pas de celles des ouvriers, mais de celles de certains dirigeants).
 
Ces mutations, il va bien falloir les accepter. La société des loisirs, il va bien falloir l'intégrer, et la valoriser à son tour. Dans mon autre vie, celle dont je ne parle pas sur ce blog, je cotoie des intermittents du spectacle. Le nombre de tracasseries qu'on leur fait subir simplement du fait qu'ils sont intermittents du spectacle est tout bonnement incroyable. La manière dont certains médias proches du pouvoir ont détourné (torpillé ?) le système de l'intermittence à leur profit est également exemplaire de l'hypocrisie et du cynisme qui règnent dans ces sphères. Ce détournement est d'ailleurs régulièrement dénoncé par la Cour des comptes. 
 
Tout se passe comme si la société dans son ensemble, et bien souvent les artistes et auteurs eux-mêmes, formattés comme les autres, opéraient un déni de cette nouvelle industrie des loisirs. Ce déni vient à mon avis de cette peur absurde, irrationnelle, que les gens cesseraient du jour au lendemain de travailler si l'industrie des loisirs devenait plus fréquentable. 
 
L'un des enjeux du XXIème siècle va consister à redéfinir le mot "travail". Et à valoriser, enfin, les activités des artistes et les artistes eux-mêmes, y compris les anonymes comme moi ou de nombreux autres. Et de préférence, de leur vivant... 

[Edit 01/12/2014] Ce discours à Harvard de J.K. Rowling, l'auteur de la série Harry Potter, ne date pas d'hier, mais pourrait faire figure à lui seul de plaidoyer pour un Etat providence et en faveur des droits de l'homme (j'ai été d'autant plus sensible à la partie concernant Amnesty International que ma femme travaille dans une association de lutte contre la torture). 

jeudi 27 novembre 2014

[Archive 29 janvier 2012] Entre hauts sommets et abysses...

...il doit y avoir un juste milieu. Le fait de recevoir un commentaire sur un blog ou un réseau social, ou de faire une vente, génère une petite dose de plaisir. Ces doses accumulées créent une addiction qui entretient le narcissisme, comme me le démontre mon expérience actuelle "sans Facebook pendant un mois". Donc, je crois que j'ai de la chance de ne pas avoir (ou presque) de commentaires sur ce blog, parce que j'y suis trop sensible. Après un tel constat, on serait presque tenté de se retirer totalement du monde. Sauf qu'à mon humble avis, il faut entretenir une relation avec le public. Ou du moins, se réserver une certaine disponibilité.
 
Alors, quelle conclusion ? En ne répondant plus à personne, un auteur peut facilement passer pour hautain et méprisant. Mais il peut aussi donner l'impression d'avoir "pris le melon" s'il parade sur les réseaux sociaux. Ma conclusion est qu'il ne faut pas rechercher le contact avec les autres auteurs ou le public, mais essayer de répondre aux questions dans la mesure du possible, si on le juge nécessaire. Il n'y a pas de règle fixe en la matière, c'est à l'appréciation de l'auteur. Cela dépend aussi de son état d'esprit.
 
Le plus important pour le lecteur, c'est de toute façon le prochain livre de l'auteur, s'il a apprécié son dernier. C'est là notre principale responsabilité, à nous autres auteurs. Avec deux enfants, une femme, un travail alimentaire et de gros efforts pour rendre visible mes livres au public, je sais ne pas pouvoir consacrer autant de temps que je le souhaiterais à l'écriture. Mais ce temps, je dois le prendre où je peux. C'est un combat de tous les jours. L'un des seuls qui vaille vraiment d'être mené, à la vérité.

[Archive 27 octobre 2011] Vampire, vous avez dit vampire?

Les vampires existent, je les ai rencontrés. Les vampires, c'est moi, c'est vous, c'est nous. A défaut de sucer le sang, nous nous gorgeons d'émotion. Dans les médias, dans les arts, dans les divertissements, dans la vraie vie et la virtuelle, les émotions et sentiments sont notre pâture, notre mets préféré. Je ne devrais pas dire ça, c'est sûr. On pourra me reprocher à juste raison de cracher dans la soupe. Les émotions, c'est une grande partie de mon travail, de mon gagne-pain, de mon business, appelez ça comme vous voudrez. C'est un truisme, bien sûr, mais il me serait impossible de toucher des lecteurs si mes ouvrages étaient aussi désincarnés que le bottin... Le problème, c'est que je ne suis pas le seul à faire ce travail de romancier. Les médias le font. Les hommes politiques s'entourent de conseillers pour leur bâtir un story telling bien poignant. Et finalement, tout le monde vampirise tout le monde. Pas étonnant qu'un livre (et un film) comme Twilight soient dans l'air du sang euh... du temps, pardon. Et avec lui, toute la littérature de type bit lit.


Il existe évidemment une infinité de registres et de gammes d'émotions, de celle, de type Mc Do, bien grasse et gouleyante que l'on va trouver dans les chiens écrasés à celles beaucoup plus subtiles et raffinées qui nichent dans les recoins de bibliothèques. Mais peut-être importe-t-il, de temps en temps, de s'arrêter et de se poser une ou deux questions. Où va nous mener cette boulimie ? J'ai conscience, en écrivant ces lignes, de la banalité de mon propos, mais je ne suis pas sûr que cela en diminue pour autant la pertinence. Toutes ces émotions factices que l'on se crée ne vont-elles pas, à terme, tuer toute vérité de sentiment en nous ? Réagissons-nous ainsi par défiance envers la montée des technologies, pour nous retrouver en terrain connu ? Et paradoxalement, cette surexposition ne nous transforme-t-elle pas en machine dans notre vie quotidienne, à force de nous blinder contre les images qui nous sont imposées ? Le jeu, faire battre un peu plus vite nos coeurs, en vaut-il toujours la chandelle ? Ceux qui alimentent cette grande machine des passions dans notre société des loisirs, et moi le premier, le savent : si l'effet recherché est celui produit, l'argent est à la clé.
 
Je ne suis pas sûr que cela puisse me dédouaner, mais en ce qui me concerne, quand j'écris, je ne cherche pas seulement à faire vivre des émotions et des sensations. Je recherche la justesse et le sens. Et, si possible, la justesse de sens. Je me suis demandé en écrivant ce billet si je ne devrais pas me tourner vers l'écriture de polars, qui privilégient les capacités de déduction et de réflexion. Il est possible que je le fasse un jour. Mais je crois malgré tout qu'il est possible d'aller vers la justesse quel que soit le genre littéraire que l'on privilégie - y compris la bit-lit. En conclusion, mon conseil sera des plus banals, mais plus que jamais d'actualité : faites fonctionner vos neurones et votre sens critique. Privilégiez la presse écrite, sur le net, le papier ou les liseuses, celle qui donne à penser plutôt qu'à voir. N'oubliez pas que les hommes politiques s'entourent de conseillers pour se construire une image, et qu'à partir du moment où il y a information, il y a mise en forme et manipulation. Et gardez votre coeur pour les moments propices.

mardi 25 novembre 2014

[Archive 5 août 2009] Droit de préférence : abusif dans le cadre de l'édition numérique

Si le droit de préférence, clause de priorité portant sur les prochains ouvrages d'un auteur, apparaît comme abusif dans le cadre de l'édition numérique, ou édition à petits tirages, c'est tout simplement qu'il n'a pas été conçu pour ce mode particulier d'édition que permettent les nouvelles technologies d'impression. Pourquoi les éditeurs ont-ils recours au droit de préférence? Pourquoi celui-ci est-il plus adapté à l'édition faisant appel à la technologie offset d'impression ? Explications.
Les éditeurs ont parfois recours au pacte de préférence, pour un à cinq ouvrages au maximum, entendant ainsi ne pas se faire ravir un auteur qui connaîtrait le succès par une maison d'édition rivale aux moyens plus puissants, susceptible de proposer un contrat ou des à-valoirs (avances sur les droits d'auteur) séduisants à cet écrivain ayant trouvé son public.  En effet, pour un petit éditeur ayant décidé de faire une mise en place des ouvrages de l'auteur conséquente en librairie, c'est à dire lui garantissant une véritable exploitation dans les points de vente, l'investissement va sans problème atteindre plusieurs milliers d'euros. "Mise en place conséquente ?" Une mise en place de combien d'ouvrages au fait ?

Eh bien en 2004, d'après le Centre national du livre, on recensait 2500 à 3000 points de vente qui avaient le livre pour activité principale. Même si le nombre de points de vente a diminué, il faudrait donc au bas mot une mise en place dans ces points de vente de 2000 exemplaires pour assurer une véritable exploitation au livre. Ce tirage très important requiert donc un investissement à la hauteur, et ce, d'autant plus si l'on prend en compte les frais annexes de stockage des livres, les frais de distribution et de retours de libraires, et les frais de promotion. On comprend mieux qu'avec de tels investissements, un éditeur soit en droit d'essayer de s'assurer une certaine continuité de  travail avec son auteur. Et d'inclure un pacte de préférence au contrat qu'il lui fait signer.


 
Une imprimerie offset


Avec l'"édition numérique", on change radicalement d'échelle, puisqu'il s'agit d'éditer des livres à petits tirages à l'aide de la technologie numérique, qui se rapproche de celle des photocopieuses en plus perfectionnée. Les tirages vont entre 1 et 1000 exemplaires. A partir de 1000 livres et plus, c'est l'impression en offset qui va être privilégiée.  Un éditeur utilisant la technologie numérique va le plus souvent opter pour des tirages réduits de 50, 100 ou 200 exemplaires, dans le but bien sûr de minimiser le risque financier.


Une imprimerie numérique
 
Pour savoir si le droit de préférence est adapté à l'édition numérique, faisons un petit calcul. Si l'éditeur assume un tirage de 100 exemplaires, cela va lui revenir à 4 à 5 euros pour un ouvrage de 200 pages, et cela peut même monter à 7 euros l'exemplaire si l'ouvrage fait environ 400 pages. Donc un investissement, disons de 700 euros. A cela peuvent s'ajouter des frais annexes : frais de référencement du livre chez Dilicom, la base de données des libraires, par exemple, frais de promotion. Il sera rare, toutefois, que l'investissement de l'éditeur excède un SMIC mensuel. Maintenant, prenons l'auteur auquel on va demander de s'engager sur, par exemple, ses trois prochains exemplaires. Le travail sur ces trois exemplaires sera très rarement inférieur à un an, et cela peut demander beaucoup plus selon les auteurs. Donc en échange d'un investissement d'un SMIC mensuel, cet auteur garantirait à un éditeur le fruit de plus d'un an de travail  ?  Et n'oublions pas que les perspectives de vente seront évidemment limitées puisque le livre ne pourra être présent dans tous les points de vente.

En conséquence, l'application d'un droit de préférence pour l'édition numérique semble tout sauf équitable. On peut même parler d'une clause abusive du contrat, puisque c'est une clause empruntée à un mode d'édition se faisant sur une bien plus grande échelle.

La même chose peut être affirmée, et avec plus de force encore, concernant la cession des droits, qui ne devra jamais être dans l'édition numérique "tout le temps que durera la propriété littéraire de l'auteur", c'est à dire à vie plus 70 ans, mais de préférence pour une durée ne devant pas dépasser, à mon avis, 5 ans renouvelable tacitement.


Marc Autret, l'auteur de 150 questions sur l'édition, a une position claire à ce sujet : l'édition numérique est un univers où les parties devraient toujours se garantir mutuellement contre des contrats aliénants et longue durée. Il faudrait, bien au contraire, privilégier la flexibilité maximale. Cela n'empêche pas un contrat d'être précis et bien balisé.

J'ajouterais qu'à partir du moment où les enjeux financiers demeurent restreints, il paraît naturel que ce soient des liens de confiance réciproques qui animent les deux parties, beaucoup plus qu'un contrat. Si l'éditeur fait son travail de conception de l'objet-livre, direction littéraire, promotion et mise en valeur dans les salons, il n'y a pas de raisons que l'auteur ne lui accorde pas sa confiance pour un autre livre à l'avenir. Ce n'est qu'un avis personnel, bien sûr.

lundi 24 novembre 2014

[Archive 10 janvier 2014] Si je devais mourir demain

Il arrive parfois qu'à la mort d'un auteur, sa notoriété s'accroisse et que les ventes de ses livres s'envolent. Dans ces cas-là, on peut avoir l'impression que la seule chose qui empêchait à la société de faire du business autour de l’œuvre d'un auteur, c'était l'auteur lui-même.

Il faut parer à toute éventualité, même à la plus inconcevable ou irréaliste. Même au succès après sa mort. C'est pourquoi j'ai dit aujourd'hui à ma femme que si je devais mourir demain (ou en tout cas avant elle), elle toucherait bien sûr les droits sur la vente de mes ebooks et sur les exemplaires imprimés à la demande via Createspace, et nos descendants si le cas se présente, jusqu'aux 70 ans après ma mort, mais que je ne souhaitais aucun business auprès de l'édition traditionnelle.

Oui pour une adaptation auprès d'Hollywood si par extraordinaire il devait y avoir des propositions, mais non à la republication de mes ouvrages par une maison d'édition quelle qu'elle soit. Pas de livres de poche, pas de présence en librairie. Pas tant que les 70 ans après ma mort ne se soient écoulés. Après cette période, le business se fera s'il doit se faire, mais du moins, ce ne seront plus forcément les personnes qui auront vécu pendant que j'étais de ce monde qui tireront les marrons du feu. 

On va me dire, c'est égoïste. Certes. Mais c'est aussi pour moi le moyen de rétablir une certaine justice. Les lecteurs auront moyen d'accéder à mes livres après ma mort, mais uniquement sous le format ebook ou sous format papier grâce à Createspace ou un éventuel autre imprimeur à la demande que j'aurais choisi moi-même de mon vivant.

Pourquoi ? Parce que ce sont les deux seuls formats, qui de mon vivant, ont été justes avec moi. Le système traditionnel est tellement inique, tellement déséquilibré contre la très grande majorité des auteurs, que seul un méga succès peut permettre à un auteur de rétablir l'équilibre et d'obtenir des droits corrects.

Anti-système ? En tout cas oui, j'ai toujours trouvé injuste ce qui était arrivé à Van Gogh. L'aveuglement de la société qui consiste à dire "il doit en baver pour être un grand artiste" doit cesser. Est-ce que l'art de Michel-Ange aurait été plus abouti s'il n'avait bénéficié du mécénat d'un prince, et s'il avait dû se serrer la ceinture toute sa vie? Je ne le crois pas.

Le format numérique a donné à tous les auteurs l'espoir d'un vrai changement, changement qui n'a pas pris une ampleur souhaitable pour les artistes en France pour le moment. Les décisions politiques y sont pour beaucoup.

Mais que se passera-t-il si les sociétés technologiques aujourd'hui généreuses en terme de droits d'auteur deviennent les grands prédateurs de demain, me direz-vous? Après tout, elle sont déjà ressenties comme telles.
On ne peut pas tout contrôler. Je fais confiance à ma femme pour s'informer et prendre les décisions que j'aurais prises moi-même.

samedi 22 novembre 2014

[Archive 2 juillet 2012] Le tournant de ma carrière

On peut à bon droit se demander s'il n'est pas trop tôt pour parler, en ce qui me concerne, de carrière d'auteur. Je retiens deux critères pour me situer dans mon cheminement professionnel. Celui de Joe Konrath qui estime qu'un auteur peut être considéré comme pro à partir de 5000 exemplaires vendus. J'en suis à plus de 2500 en comptant les différentes auto-éditions d'Espace et Spasmes devenu Les Explorateurs, et en englobant les ventes d'ebooks. Et celui de Dean Wesley Smith selon lequel on devient pro à partir d'un million de mots écrits. J'en suis à plus de 500 000 depuis 2001 (je parle bien évidemment uniquement de textes de fiction, pas de mes articles en tant que journaliste ni de mes billets sur ce blog). Les deux critères me classent en tant que semi-pro, ce qui signifie qu'il y a au moins embryon de carrière. Même si ces chiffres peuvent prêter à sourire si on les compare à ceux d'auteurs renommés, il y a eu un moment dans mon parcours où je suis passé de "presque rien" en termes de ventes à "quelque chose". Cette expérience peut servir à d'autres, c'est pourquoi je juge utile d'en parler ici.
 
Dans un parcours de vie, il y a des événements, positifs ou négatifs, qui en déterminent d'autres. Parfois, le négatif peut déboucher sur du positif, à condition de réagir. De 2001 à 2008, si j'ai vendu 150 livres, et principalement à des proches, c'est le bout du monde. Quel a donc été le tournant ?
 
On pourrait parler de la sortie du Souffle d'Aoles en 2010. Ou au contraire revenir beaucoup plus tôt en 2000-2001, et se souvenir de l'éclatement de la bulle Internet qui m'a amené à perdre mon précédent emploi de journaliste titulaire, puis peu à peu mon activité en tant que pigiste, et à développer mon projet d'écriture.
 
Ou bien sûr l'expliquer par la rencontre avec ma femme en l'an 2000, puisque sans son soutien, je n'en serais sans doute pas là aujourd'hui.
 
Ou encore, revenir sur les déconvenues avec les éditeurs : les manuscrits rejetés, le désastre de ma relation avec Bragelonne ou l'expérience peu probante (ou probante à contrario) avec les éditions Lokomodo. Tout cela, bien sûr, m'a conduit à privilégier l'autoédition, un choix déterminant.
 
Ou enfin, évoquer cette période en 2006 où j'ai été amené à me reconvertir pour trouver un boulot alimentaire stable. Etape très importante, parce que j'avais besoin d'une certaine tranquilité d'esprit pour écrire, et parce que c'est ce travail qui nous a permis de déménager en banlieue parisienne et de nous loger de manière plus confortable.
 
Trouver un emploi stable a été un virage très important. Mais en ce qui regarde l'activité de ventes de livres, la quête de lecteurs qui est l'une de mes motivations essentielles dans l'écriture (je dois écrire pour les autres), le véritable tournant de ma carrière a été le fait de quitter Paris début 2007, où je résidais depuis 1996 - d'abord dans le XIIème arrondissement, puis à trois avec ma femme et ma fille dans un 50 m2 à côté de la Porte de Saint Cloud.
 
Lorsque j'étais à Paris, j'avais déjà une activité d'autoédition. Mes couvertures faisaient nettement plus amateur, et je ne suis pas, pendant cette période, parvenu à obtenir une seule séance de dédicace en librairie. J'en ai été réduit à dédicacer dans une salle de jeux en réseau (oui, c'est en lien avec mon expérience précédente de journaliste critique dans les jeux vidéo). L'expérience s'est soldée par un désastre.
 
J'avais déjà un véhicule à Paris, mais qui m'encombrait davantage qu'autre chose. En arrivant à Pontoise en 2007, nous avons été amené à changer de voiture, en prendre une suffisamment spacieuse pour contenir une famille, mais aussi des cartons de livres.
 
D'un seul coup, les possibilités se sont ouvertes. Je ne m'en suis pas rendu compte sur le moment. Mes échecs précédents m'avaient quasiment persuadés qu'il me serait impossible de vendre en dédicace. A cet égard, mon expérience avec Lokomodo en 2009 a prouvé le contraire. J'ai regagné de la confiance en moi, et bien sûr, je me suis rendu compte que malgré les ventes, mes revenus d'auteur s'avéraient très insuffisants en étant édité.
 
Entre 2001 et 2008, j'ignorais que 25% de la population intra-muros de Paris est liée à une activité autour de l'intermittence du spectacle. Je n'avais pas mesuré à quel point Paris était la capitale du spectacle et du tourisme. Je veux dire, quand vous embarquez dans votre frêle esquif avec votre canne à pêche, vous n'allez pas pêcher dans des eaux infestées de requins, ça ne risque pas de mordre. C'est vous qui risquez de vous faire mordre.
 
J'ai compris que les conseils de ceux qui prétendaient que s'éloigner de Paris revenait à "s'enterrer en banlieue" et se couper d'opportunités de travail avec de grands éditeurs, ces conseils-là étaient préjudiciables. En tout cas pour moi. C'est en banlieue parisienne qu'il y a le plus de monde. C'est là que les libraires des grands centres culturels sont le plus ouverts à des auteurs ayant une démarche professionnelle. Pas tous, mais il y en a.
 
Pour l'anecdote, en décembre 2010, j'ai enfin réussi à obtenir une séance dans une librairie au coeur de Paris (derrière le BHV). Il y a eu beaucoup d'affluence dans cette librairie. Et je n'ai fait que six ventes.
 
J'ai beaucoup pensé à une certaine pub du journal Le Parisien ce jour-là. J'ai vraiment pu comparer avec mes séances en banlieue et dans l'Oise. Et je réalise à présent que toutes mes dédicaces dans Paris se sont soldées par des échecs. Toutes sans exception. Cela dit, Paris est une ville merveilleuse... pour y faire du tourisme ou pour sortir.

[EDIT 22/11/2014] Les fameuses pub du Parisien