dimanche 15 janvier 2017

Trois ans déjà

Trois ans déjà que j'ai quitté mon CDI au Pôle Emploi pour travailler à temps plein sur l'écriture. Je ne regrette rien, et j'ai de la gratitude envers mes proches, qui ont soutenu ma démarche, et envers mes lecteurs. 

Quand je pense à ma situation d'auteur autoédité, et à cette décision de tout lâcher pour m'efforcer de vivre à temps plein de l'écriture, au fait aussi que je ne m'endette pas suite à ce choix, je repense immanquablement à cette scène du film de Pulp Fiction, à partir de 1 minute 25 dans la vidéo: 


Je me sens comme les personnages joués par John Travolta et Samuel L. Jackson après qu'on leur ait tiré dessus -- incroyablement chanceux. 

J'avais pris cette décision en décembre 2013, pas totalement par moi-même, mais à la suite de la décision du déménagement de l'agence Spectacle parisienne du Pôle Emploi, à l'époque situé dans le XIème arrondissement (rue de Malte), pour aller dans le XVème. 

J'avais eu besoin de ce petit coup de pied aux fesses du destin pour prendre cette décision. Je me souviens de m'être dit qu'en étant au pied du mur, en n'ayant pas d'autre choix, je serai forcé de faire le nécessaire pour survivre. 

Je dois reconnaître aussi qu'à l'époque, j'étais dans une situation extrêmement privilégiée par rapport à de nombreux Français, n'ayant pas de loyer à payer, et ayant remboursé mon prêt immobilier suite à certains héritages (pas le genre d'héritages qui vous rendent riche à millions, mais de ceux qui vous permettent de compléter l'achat d'un pavillon). 

Depuis ce passage à temps plein dans mon activité d'auteur autoédité, j'ai écrit et publié un recueil de nouvelles, Le Vagabond et quatre autres thrillers, j'ai travaillé sur les corrections et la publication de la traduction du Souffle d'Aoles, The Breath of Aoles, et, avec l'aide précieuse de ma correctrice anglaise Dawn Lewis, j'ai assuré la traduction des deuxième et troisième tome, Turquoise Water et The Flames of the Immolated

Bref, j'ai réalisé un rêve. 

J'ai aussi vendu, la plupart du temps en dédicace, 975 livres papier en 2014, 1167 en 2015 et 1387 en 2016. 

Il faut bien vivre. 

Tout cela demande du travail. Ecriture, relecture, mise en page des exemplaires papier, création des ebooks, investissement sur les couvertures, sur les exemplaires auprès des imprimeurs, sur la correction, la traduction (pour le premier tome de ma trilogie), les déplacements, la promotion via les pubs Facebook ou sur des sites spécialisés. Investir toujours, prendre des risques calculés, et apprendre sans cesse, se former au marketing. Et bien sûr, les signatures dans les grands centres commerciaux, entre 10h00 et 19h00 chaque semaine.

Je pourrais estimer que chaque auteur qui travaille moins que moi ne mérite pas de travailler à temps plein sur l'écriture. Je pourrais estimer que le revenu universel inconditionnel est un renoncement par rapport à la valeur travail, qu'il va favoriser les fainéants et les parasites.


Mais ce serait oublier que quelqu'un comme Manuel Valls me considère peut-être bien déjà comme un fainéant et un parasite, du moment que je ne travaille pas 10 heures par jour à creuser des piscines. 

Ce serait oublier à quel point je me sens chanceux d'être dans ma situation. 

Le revenu universel inconditionnel est un vaste sujet, que je ne résoudrai pas en quelques lignes sur ce blog. 

Il faudrait s'arrêter dans un premier temps sur ce que l'on considère comme la "valeur travail", dans un pays où le secteur industriel a quasiment disparu. Le travail me semble beaucoup plus difficile à quantifier et à évaluer dès lors qu'il devient essentiellement intellectuel et non plus physique. 

Le président de Total n'extrait pas lui-même le pétrole avec ses petits bras musclés. Les ingénieurs et techniciens qui ont mis au point les machines d'extraction, les mathématiciens qui ont mis au point les formules et algorithmes permettant la création de robots, les professeurs qui ont enseigné les mathématiques aux grands hommes, ne contribuent-ils pas davantage au PIB que le président de Total?

Combien de métiers qui n'en sont pas dans notre société? Combien de métiers très bien payés à ne rien faire, à la fois dans les grandes entreprises et dans la fonction publique? 

Ce qu'il faut traquer, c'est le gaspillage de ressources, à la fois dans le public comme dans le privé. 

Avec le revenu universel, il faut absolument considérer le verre à moitié plein. C'est pourquoi il faut le mettre en place de manière à "protéger et à émanciper les individus"

Il faut le considérer comme un investissement sur l'avenir, sur chaque Français.

Il faut considérer que la dette de la France est organisée par les grandes entreprises qui ne payent pas leurs impôts comme elles le devraient

Il faut considérer que le chômage en France est organisé par les grandes entreprises, des multinationales dont dépendent le plus souvent les milliers de PME: il faut maintenir une tension sur le travail, il faut que le chômage reste une menace pour "motiver les troupes".

Il faut aussi considérer que l'effort pour que les entreprises s'acquittent de leurs impôts doit être fait au niveau mondial et non national. Puisque l'on a affaire à des multinationales.

Les vrais parasites ne sont pas ceux que l'on croit. 

lundi 9 janvier 2017

Mutualisation de commentaires

En mars 2016, j'évoquais dans un billet intitulé Passerelles le fait que Google Books, via sa plate-forme Google Play, répercute sur ses pages d'ebooks en vente les commentaires publiés sur Babelio. Désormais, sachez que Google Play affiche aussi les commentaires parus sur le site de la Fnac. Dans ce contexte, il est extrêmement curieux que les commentaires du site Kobobooks, partenaire historique de la Fnac, n'apparaissent pas sur le site de la Fnac, et vice-versa. 



Si j'étais Michaël Tamblyn , PDG de Kobo, je serais extrêmement mécontent. Comme s'il ne suffisait pas que Kobo, et son site kobobooks.com, ait perdu son rattachement au site Goodreads et les millions de commentaires qui allaient avec, à présent, on se retrouve avec le géant Google qui récupère les commentaires que postent les clients de la Fnac sur son propre site de vente d'ebooks. 

Et ce, alors même que Kobo et la Fnac sont censés avoir un partenariat privilégié depuis l'arrivée de Kobo en France! Il y a là au minimum de quoi brouiller les cartes dans le jeu des alliances, et si l'on voit un peu plus loin, une opportunité manquée pour Kobobooks d'agréger des commentaires plus nombreux. 

La mutualisation des commentaires Fnac et Kobobooks me semble donc aller de soi, même si cela ne figurait pas dans le partenariat initial -- rien n'interdit de l'amender pour l'améliorer. 

L'Internet 2.0 progresse, et, je pense, va offrir des opportunités plus importantes pour les entreprises se montrant suffisamment agiles.

Dans l'article intitulé Passerelles, j'écrivais: "Kobo, (...), gagnerait sans doute à démarrer de nouveaux partenariats, cette fois avec des blogueurs."

Les conseils que je vais développer ici ne sont pas valables seulement pour Kobo, mais aussi pour les autres plates-formes comme Amazon ou Apple.

Une plate-forme ayant mis en place des contacts avec les auteurs indés et éditeurs est idéalement positionnée stratégiquement pour augmenter le flux des commentaires. 

En effet, la personne en lien avec les auteurs et éditeurs sur une plate-forme comme Kobo est en situation de leur proposer des partenariats livres ou ebooks gratuits en échange d'un commentaire honnête sur un blog, jouant ainsi le rôle de tierce personne si précieuse dans la relation auteurs-blogueurs.

Ce rôle de plate-forme organisatrice de relations entre blogueurs et auteurs, un site comme Livraddict l'a déjà brillamment mis en place, en proposant à des blogueurs des "pools" (groupement) de livres ou ebooks en partenariat, ce qui permet à ces blogueurs (souvent des blogueuses), de choisir les lectures les plus attrayantes, selon leur goût. 

C'est selon moi la formule la plus efficace, celle qui donne un véritable choix aux blogueurs, qui peuvent ainsi "venir faire leur marché" en toute quiétude.

Si un site de vente entrait dans ce cercle, à quel endroit les blogueurs viendraient-ils faire leur marché? Eh bien je verrais bien une section spéciale du blog Kobo, ou d'un blog Amazon par exemple. 

Je verrais bien les ingénieurs de la plate-forme de vente développer un code HTML que les blogueurs intégreraient dans leur article, code qui permettrait au commentaire de se retrouver directement sur la page du livre chroniqué sur le site de vente, en plus de figurer sur le blog.

En échange, les blogueurs qui intégreraient le code HTML auraient un lien direct vers leur blog dans la signature de leur commentaire sur le site de vente. 

Il faudrait bien sûr que la personne en lien avec les éditeurs ou auteurs vérifie que chaque blogueur réclamant un livre dispose bien d'un véritable blog de chroniques. 

Les points de tension à prévoir pour la personne chargée de la relation avec les éditeurs ou auteurs seraient bien évidemment les délais avant chaque chronique, ou le degré de satisfaction de l'auteur une fois la chronique/le commentaire posté.

Chaque acteur, auteur ou blogueur, aurait intérêt à se montrer le plus respectueux possible envers l'autre afin que l'expérience se pérennise, mais la présence du site de revente comme filtre entre les deux devrait permettre de modérer naturellement les choses.
Bon, je suis peut-être trop optimiste. Il y a peut-être, pour un site de vente, un conflit d'intérêt dans le fait de mettre en place de manière trop active un système de commentaires.

Ce conflit d'intérêt pourrait cependant être désamorcé au moins en partie par la fameuse phrase du blogueur/commentateur: "j'ai reçu ce livre gratuitement en échange d'un commentaire honnête." Ce serait en tout cas dans l'intérêt commun de tenter le coup, ne serait-ce que sur une période d'essai de six mois.
   

dimanche 1 janvier 2017

Le match Arianespace contre Space X

La société américaine Space X a célébré le 21 décembre dernier sur Tweeter le premier anniversaire de l'atterrissage sur Terre d'une fusée ayant lancé un satellite en orbite. Cette fusée, c'est la fusée Falcon 9. J'expliquais dans un billet en novembre dernier à quel point le silence médiatique en France à propos de cet événement incroyable me semblait scandaleux. En lisant un article à propos de la réutilisation du premier étage du Falcon 9, il m'a semblé entrevoir une certaine crainte du futur de la part du PDG d'Arianespace, Stéphane Israël

L'article en question, en anglais, est paru sur le site Space News en avril dernier. Cliquez ici pour y accéder. 

Bon, je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas un spécialiste des questions spatiales. Vous avez ici le point de vue d'un profane. 

Mais un profane qui s'informe, et qui essaie de démêler le vrai du faux. 

Je ne prétendrai pas non plus être un observateur neutre: bien que je salue les succès d'Arianespace, et que je suive avec grand intérêt les péripéties de Thomas Pesquet, l'astronaute français envoyé sur la Station Spatiale Internationale, je trouve clairement qu'Arianespace manque d'ambition pour l'humanité. 

La société Space X, à l'inverse, me semble avoir une démarche extrêmement volontariste dans la conquête et la colonisation spatiale. 

Et n'allez pas me dire qu'il faut d'abord régler la faim dans le monde et explorer à fond les océans avant de gaspiller de l'argent dans l'exploration spatiale. Un petit coup d’œil à l'Histoire vous prouvera que ce n'est pas ainsi que les choses se font.

La découverte de Cuba par Christophe Colomb, puis du Vénézuela par Amerigo Vespucci a clairement donné aux hommes une nouvelle perspective sur le monde, mais aussi sur eux-mêmes. 

Alors oui, au vu du comportement barbare des conquistadores, des génocides et du pillage des ressources, au vu de tout ce qu'il se passe de nos jours, il est tout à fait légitime de se demander si l'homme mérite de découvrir de nouveaux mondes. 

C'est d'ailleurs une question que je me pose à la fin de ma nouvelle Marinopolis. 

Je respecte le point de vue de ceux qui estiment que l'homme ne sera jamais prêt à découvrir d'autres planètes, et qu'il doit donc rester sur Terre. 

Mais c'est un point de vue qui me paraît fondamentalement pessimiste. On a le droit d'être pessimiste, mais l'inverse est également vrai. Je ne partage donc pas ce point de vue. Ce n'est tout simplement pas ma vision de la vie.

Sauf erreur de ma part, la clé de voûte de toute la stratégie spatiale d'Elon Musk et de Space X vient de la réutilisation des fusées envoyées dans l'espace.

Pour citer Elon Musk, le PDG (entre autres) de Space X, sur son site: Si l'on pouvait comprendre comment réutiliser des fusées comme on peut le faire avec les avions, le coût de l'accès à l'espace se trouverait réduit d'un facteur d'une centaine. Un véhicule pleinement réutilisable n'a jamais été réalisé auparavant. Ceci est la percée fondamentale nécessaire pour révolutionner l'accès à l'espace.

Dans mon article sur Space X, j'écrivais: Alors certes, tout n'est pas encore réglé. Space X doit encore prouver que les fusées qui se sont posées sont réutilisables après maintenance.

Et c'est en effet le point critique. Space X se montre extrêmement discret sur la réutilisation du premier étage de la fusée ayant atterri. La remise en état de cet étage pour un coût abordable, et surtout la fiabilité de cet étage après remise en état, est en effet un défi qui promet d'être énorme pour Space X.

Dans l'article sur la réutilisation de la fusée Falcon 9  de Space X, on trouve un extrait des propos de l'ex-adjoint de la NASA Dan Dumbacher. Il évoque le cas des SSME, les moteurs de la coûteuse navette spatiale américaine, qui se posait sur Terre une fois ses missions accomplies. Nous avons essayé de rendre ces moteurs réutilisables pour 55 vols, dit Dumbacher. Regardez combien de temps et combien d'argent nous avons investi pour y parvenir, et nous n'avions toujours pas réussi à le faire pour l'intégralité des composants des moteurs. Je veux être réaliste: Nous ne sommes pas aussi malins que nous pensons l'être, et nous ne comprenons pas l'environnement autant que nous pensons le connaître.

Un avis d'un expert, et qui a de quoi refroidir les enthousiasmes, n'est-ce pas...

Selon la société Jefferies International, si le premier étage du Falcon 9 devenait vraiment réutilisable, le prix du lancement de chaque fusée coûterait entre 20% et 40% de moins, en fonction de la redistribution à la clientèle de Space X des économies effectuées (dans le premier cas, on est sur 50% de redistribution des économies, dans le second cas 100%).

L'enjeu est donc de taille. 

L'enjeu est plus important encore si l'on considère les propos du PDG d'Arianespace, le Français Stéphane Israël, auxquels l'article fait écho. Selon lui, la société Arianespace ne sera jamais capable de réutiliser des étages des fusées Ariane, car, étant donné le prix de la remise en état des étages, il faudrait, pour en tirer un bénéfice, qu'une fusée partiellement réutilisable soit lancée 35 à 40 fois dans l'année.

Pour qu'une fusée partiellement réutilisable devienne viable, il faut donc de nombreux lancements dans l'année.

Selon l'article, Ariane 6, qui succédera à Ariane 5, devrait être lancée 12 fois par an à partir de 2023.  Insuffisant.

Par curiosité, je suis allé sur le site Spaceflightnow, où l'on voit tous les lancements prévus cette année. 

Pour les fusées Ariane, je n'ai vu que deux lancements en 2017. 

Pour les fusées Falcon 9, j'ai vu douze lancements en 2017, plus deux lancements pour le Falcon Heavy, le successeur du Falcon 9.

Maintenant si l'on prend les lancements par la société Arianespace, à Kourou en Guyane, des fusées Vega et Soyouz, et qu'on les ajoute à ceux d'Ariane, on arrive à 10 lancements dans l'année. On est toujours loin du compte.

J'ai fait quelques recherches sur le net, et je ne suis pas parvenu à trouver d'agenda de lancements de la fusée Ariane, que ce soit sur le site de l'ESA, European Space Agency, l'Agence spatiale Européenne, ou sur des sites dédiés à Ariane. 

Sur le site dédié aux missions de Space X, j'ai vu 42 lancements prévus de Falcon 9 et de Falcon Heavy cumulés, en comptant les missions de réapprovisionnement de la station spatiale internationale. Seulement, aucune date n'est indiquée. 

Je pense que le flou sur les dates de lancement est intentionnel de la part d'Arianespace comme de Space X. L'ambition de la société Space X, cela dit, me semble évidemment transparaître dans son programme de lancement, même s'il n'y a pas de dates. 

Il faut savoir que les dates de lancement sont souvent reportées en raison de difficultés techniques ou météo. 

On voit tout de même que le marché intérieur des lancements aux Etats-Unis est beaucoup plus important qu'en Europe. C'est ce qui fait penser à des personnes comme Stéphane Israël que le coût de réutilisation des fusées n'est pas un objectif atteignable pour une société européenne. 

C'est aussi ce qui me fait détecter une certaine crainte dans les propos du même Stéphane Israël: Space X ne peut manquer de vouloir mener une politique très agressive de lancement de satellites pour rentabiliser son programme de réutilisation, politique qui va aller au détriment d'Arianespace. 

Je signale tout de même au passage qu'une grande incertitude existe par rapport à la politique spatiale de Trump et de son gouvernement. La Nasa reste un client incontournable d'Elon Musk, et je pense que cette incertitude pèse sur l'avenir de Space X. 

Alors, que tirer de toutes ces informations? 

Désolé de devoir le dire ainsi, mais les propos de Stéphane Israël comme la politique d'Arianespace semblent défaitistes au profane que je suis. 

Pourquoi? Parce que ce n'est qu'en réussissant dans un premier temps à faire se poser une fusée au sol après mise en orbite que l'on va être en mesure de déterminer le coût de sa remise en état. 

La société Space X dispose de vraies données en ce sens. Les évaluations de Stéphane Israël par rapport au coût de la remise en état d'un étage, en l'absence de données, me semblent relever du pifomètre. 

Ce n'est qu'en réussissant dans un premier temps à faire se poser une fusée au sol après mise en orbite que l'on va pouvoir déterminer, au moment de la construction de l'étage en question, quels secteurs renforcer, quelles contraintes s'appliquent, comment protéger au mieux les différents composants, comment les fabriquer. 

Certes, selon Dan Dumbacher, de la NASA, c'est super difficile et coûteux de protéger ces composants. Mais on ne peut y parvenir que si on essaye. Il n'y a pas d'autre choix si l'on veut baisser le coût du voyage spatial, et il n'y a pas d'autre choix que de baisser le coût de voyage spatial si l'on veut faire de l'exploration, et en particulier de l'exploration humaine. 

Tout cela passe par beaucoup d'investissement dans la recherche et le développement, des domaines qui sont, il me semble, beaucoup plus le point fort de Space X que d'Arianespace. 

Derrière chaque entreprise, il y a un esprit, une philosophie. Je suis désolé, mais l'esprit d'Arianespace me semble très éloigné de l'esprit des pionniers.

L'état d'esprit que je perçois chez Arianespace est attentiste: on attend que Space X prenne les risques, en croisant très fort les doigts pour qu'ils mettent leurs résultats en open source, afin de pouvoir devenir compétitif le moment venu.

C'est l'esprit pionnier, l'esprit de conquête, à mon avis, qui manque à la société européenne, bien davantage que les moyens financiers.


lundi 12 décembre 2016

L'Art intemporel de la Dédicace

On m'a récemment suggéré d'écrire un article à propos des séances de dédicace. En y réfléchissant je me suis dit: "qui suis-je pour donner des conseils sur les dédicaces?" Certes, depuis 2010, date de sortie du Souffle d'Aoles, j'ai signé plus de 5500 exemplaires de mes livres, mais je connais des auteurs francophones issus de petites maison d'édition qui font nettement mieux que moi. Pas des méga stars, des auteurs dont les problématiques sont très proches de celles d'un auteur autoédité. Je me suis alors souvenu d'un article d'un autre auteur que j'avais lu il y a quelques années. L'art de la dédicace étant intemporel, c'est cet article, toujours d'actualité, que j'ai décidé de traduire ici. L'auteur s'appelle Joe Konrath, et il a vendu 120 exemplaires en dix heures dans une librairie, là où mon record personnel est de 70 en deux jours (40 sur une journée). 

Oui, je sais. Vous allez me dire que Brandon Sanderson, auteur comme moi de Fantasy, a signé plus de 1000 exemplaires de A Memory of Light en une journée. Et il est possible que le recordman des dédicaces en ait signé plus sur une journée que moi en 7 ans (j'ignore quel est le record). 

Mais vous conviendrez que le cas de Brandon Sanderson est tout de même un peu particulier, puisque avec A Memory of Light, il mettait un terme à la série de Fantasy la Roue du Temps, de Robert Jordan, qui compte plus de 30 millions de lecteurs. C'est peu dire que l'ultime tome était attendu...

Joe Konrath en juin 2006, date de parution de l'article que je traduis ci-dessous, en revanche, était beaucoup plus proche du cas de figure d'un auteur autoédité. Il avait bien sûr un éditeur dans cette période, il n'avait pas à transporter les livres dans sa voiture, ni à les stocker dans son garage, mais c'était tout de même lui qui assurait l'essentiel du travail de promo.

Il y a peut-être des exemples d'articles de blog au sujet des dédicaces d'auteurs francophones, et qui ne soient pas des méga stars, plus efficaces que Konrath. N'hésitez pas à me signaler les liens en commentaire.

Je trouve personnellement que 120 livres papier vendus en dix heures par un auteur inconnu du grand public, c'est bien, mais peut-être que je me trompe.

Mes commentaires dans l'article ci-dessous apparaissent entre crochets. 

L'article en question étant un chouïa long, j'ai décidé de ne traduire que le cœur du sujet, intitulé: 

Comment faire d'une désastreuse séance de dédicace un succès - Joe Konrath

Nul aspect du boulot d'un écrivain n'offre plus d'occasion d'euphorie (et d'anxiété) que la signature de livres. Mais comment ces événements se déroulent-ils vraiment?

Le Rêve. Votre charmante hôtesse vous prend à l'aéroport et vous conduit en voiture à la plus grande librairie de tout l'état [Joe Konrath est un auteur américain, NDLT]. Elle vous apprend qu'ils ont annoncé l'événement dans trois journaux locaux et à la radio. Quand vous arrivez, il y a une centaine d'admirateurs qui attendent déjà. Vous rencontrez l'équipe excitée et vous asseyez derrière une table approvisionnée d'une énorme pile de livres, sous un poster géant en couleur de votre couverture. Vous lisez un chapitre à voix haute, recevez des applaudissements tonitruants, et faites un rapide Questions/Réponses avant de signer pendant une bonne heure et demie, les gens attendant patiemment le long d'une file infinie pour vous dire à quel point ils vous aiment.  

La Réalité. Vous arrivez dans la librairie avec dix minutes d'avance. Il n'y a pas de foule d'admirateurs -- il n'y en a pas même un seul. Pas de poster, pas d'indications, nulle table emplie de livres. Les employés vous dévisagent comme si un second nez vous avait poussé lorsque vous leur dites que vous êtes l'auteur et que vous êtes là pour signer. Finalement, vous persuadez quelqu'un de vous aider, et il ou elle déterre un carton de vos livres et vous installe une petite table à l'arrière de la boutique, à côté des toilettes. Vous restez assis là deux heures, chaque seconde durant une éternité. Les gens font de leur mieux pour éviter tout contact oculaire quand ils passent. Certains s'approchent et vous demandent où trouver le Da Vinci Code. Il y en aura toujours un pour venir et dire, "Donc vous êtes un auteur? J'ai plein d'idées. Que diriez-vous que je vous les communique, vous les écrivez, et on partage les millions?" Personne n'achète un livre. C'est rabaissant, humiliant, décourageant, et vous faites le serment de ne plus jamais refaire cela.

Le Plan. Mais ça n'a pas à se passer comme ça. Avec la préparation idoine, une touche de confiance en vous-même, vous pouvez très bien vous débrouiller en séance de dédicace, même si votre nom n'est pas Clancy. Voici comment.

Un mois avant l'événement. Réservez la séance vous même soit en appelant, soit en passant dans la librairie pour parler à un directeur ou à un coordonnateur d'événements [chef de rayon livres]. 

Souvent la librairie n'est pas très réceptive -- les événements avec des auteurs ne se passent jamais bien. Persuadez-les que ça marchera pour vous, parce que vous avez une manière différente de faire les choses. 

Si vous êtes avec un petit éditeur, vos livres peuvent être difficiles ou impossibles à commander. Offrez de leur apporter et donnez au libraire la marge standard de 40% [perso, je donne 20% aux grandes surfaces ne pratiquant pas la remise de 5%, et entre 25 et 30% aux autres].

Si vous êtes avec un gros éditeur, celui-ci peut refuser de payer à la librairie l'argent du placement en commun ["co-op"] (les éditeurs rémunèrent les libraires pour accueillir des événements, souvent entre cinquante et plusieurs centaines de dollars).

Si c'est le cas, la librairie ne sera pas autorisée à vous accueillir en signature. Dites-leur que vous ne ferez pas une signature officielle, mais que vous passerez juste pour signer des exemplaires en réserve. Assurez-vous alors d'avoir au moins vingt exemplaires disponibles. [Section non valable pour des auteurs autoédités, qui viennent avec leurs livres.]

Deux semaines avant l'événement. La publicité vous revient. Faites un flyer, ou prospectus, présentant la date et l'horaire de signature, la couverture de votre livre, et quelques citations élogieuses ou descriptifs [blurbs]. Envoyez 100 exemplaires de ces flyers au libraire. 

Indiquez l'événement sur votre site d'auteur et dans votre newsletter, avec l'adresse et le numéro de téléphone du libraire. 

Si ce n'est déjà fait, faites une grande affiche de votre livre et une indication "SIGNATURE D'AUTEUR AUJOURD'HUI". Souvent, votre éditeur le fera pour vous. Demandez-le lui simplement lorsque vous recevez l'image de couverture de votre livre. Vous pouvez aussi en faire faire des copies digitales [comme Poster XXL]. 

Trois jours avant l'événement. Appelez le libraire et assurez-vous qu'il ait des exemplaires de votre livre. Si ce n'est pas le cas, rappelez-lui que vous pouvez apporter vos exemplaires [ce qui sera de toute façon le cas si vous êtes auteur autoédité]. 

La plupart des auteurs obtiennent des exemplaires soldés par leur éditeur. Au lieu de cela, je vous suggère de vous rapprocher d'un libraire indépendant local, et de demander à la personne si elle peut vous vendre des exemplaires soldés à 40%. De cette manière, ils compteront en tant que droits d'auteurs. 

Comment devenir l'ami d'un libraire indépendant local? Faites-en votre base d'opérations, et faites en sorte que quiconque qui veut un exemplaire dédicacé passe par lui. Utilisez-le aussi pour le lancement de votre livre -- après cela il sera content de vous aider. 

Jour de l'événement. Assurez-vous d'avoir l'essentiel; 100 cartes de visite avec votre site d'auteur dessus, des prospectus présentant des descriptifs et critiques, des bonbons à la menthe (pour que votre haleine reste fraîche), de l'eau en bouteille (s'hydrater est important) et un porte-nom avec la mention "AUTEUR".

Habillez-vous. Tenue professionnelle décontractée ou mieux. Rasé, baigné, peigné, maquillé et sentant bon. 

A votre arrivée. Présentez-vous quinze minutes à l'avance pour vous installer. Votre première directive est de vous présenter à CHAQUE employé de la librairie. Serrez leurs mains. Donnez-leur une carte de visite signée. Dites-leur brièvement de quoi parle votre livre, et faites-leur savoir que vous serez là pendant quelques heures.

Apportez de la pizza ou des donuts [beignets] pour l'équipe. Les employés sont habitués à être snobés par des gros bonnets d'auteurs. Soyez un gros bonnet qui les apprécie, et ils deviendront les champions de vos livres pour la vie.

Installez-vous. Parfois le libraire a déjà mis en place une table pour vous. Essayez d'en obtenir une dans l'entrée de la boutique. Sinon, pas de problème -- vous pouvez vous débrouiller autrement. 

Mettez vos prospectus et quelques cartes de visite sur la table, et accrochez votre affiche à un endroit proéminent. Assurez-vous de disposer vos livres de manière attirante. 

Un employé pourrait vous offrir une chaise. Répondez-lui gentiment que vous n'en avez pas besoin -- vous vous tiendrez debout pendant toute la durée de la séance.

Prêt, Feu, Partez! Si vous êtes chanceux, certaines personnes peuvent être venues vous voir. D'habitude ce n'est pas le cas. Vous êtes un nouvel auteur, un inconnu. Tous vos amis et votre famille ont déjà acheté votre livre. Même si l'événement a fait l'objet d'une publicité et d'annonces massives, iriez-vous voir un auteur dont vous n'avez jamais entendu parler auparavant?

Personne d'autre n'ira non plus. 

La seule manière que vous aurez de bouger votre camelote sera au travers de votre détermination, personnalité, et courage. 

Revêtez votre sourire, décollez votre main, et tenez-vous prêt à accueillir CHAQUE PERSONNE qui entre dans la librairie. 

Est-ce que ça vous terrifie? Ça ne devrait pas. Les gens sont enthousiastes quand ils rencontrent des auteurs. Vous êtes une célébrité mineure. Tout le monde aime rencontrer des célébrités.

Ne vous inquiétez pas d'être rabroué ou ignoré. Vous avez eu affaire au rejet auparavant. Vous êtes un écrivain, et le rejet est une partie du business. 

L'Approche. Les gens seront préoccupés en entrant dans la librairie. Certains sont en mission pour acheter le nouveau Harry Potter, ou le dernier exemplaire de Flingues et Munitions [Guns and Ammo]. Certains seront là pour parcourir des genres autres que celui dans lequel vous écrivez. 

Mais tous les gens, peu importe leur raison d'être là, répondront lorsque vous vous présenterez et offrirez de serrer des mains. 

J'utilise l'une de ces deux lignes: 

"Etes vous un fan de polars [mystery]? Je suis un auteur de polars." ou "Bonjour, je suis un auteur. Aimez-vous les thrillers?"

Il est extrêmement rare qu'une personne ignore une main tendue -- ça ne m'est arrivé que trois fois, et j'ai serré des milliers de mains. 

Le Pitch [présentation courte]. Si j'obtiens un oui à l'une des questions au-dessus, je me lance dans mon pitch.

"Mon nom est JA Konrath. J'écris une série de polars au sujet d'un flic de Chicago nommée Jack Daniels. Jack est le raccourci de Jacqueline, et elle a la quarantaine, divorcée, et sa vie personnelle est une catastrophe, mais elle est super dès qu'il s'agit de son boulot. Elle chasse des tueurs en série."

Si la personne est toujours intéressée à ce stade (le premier sur les cinq) je poursuis:

"En fait le livre est très amusant, similaire à Janet Evanovich ou Dave Barry. Mais il a aussi un côté plus sombre, une sorte de James Patterson ou Hannibal Lecter/Le Silence des Agneaux. Donc, ça va de plié en deux de rire au carrément flippant -- vous voudrez allumer les lumières et vous assurer que les portes et fenêtres sont fermées tout en lisant."

Il est important de maintenir le contact oculaire et de continuer à sourire. Puis concluez votre pitch. 

"Whiskey Sour est le premier livre d'une nouvelle série. Le deuxième est Bloody Mary. Ils ont remporté plusieurs récompenses et sont apparus sur certaines listes des bestsellers. J'adorerais vous dédicacer un ou deux exemplaires -- et si ça vous plaît, je peux sortir la dédicace sur Ebay."

Détendez-vous et Soyez Décontracté. Personne n'aime qu'on lui mette la pression sur les ventes. Vendre n'est pas forcer les gens à acheter quelque chose qu'ils ne veulent pas. Il s'agit de trouver les personnes qui recherchent votre produit.

Et oui, les livres sont des produits. Publier est un business. Retirez la casquette d'artiste, et enfilez celle de commercial. Si vous êtes timide, ou n'avez qu'une piètre estime de vous-même, prenez des cours de discours public. Le mieux vous parlerez aux gens, le plus loin vous irez dans cette carrière. 

La Remise. Tout en baratinant, je leur tends le livre. Cette connexion est importante. Tenir quelque chose implique la possession, et vous voulez qu'ils regardent la couverture, lisent la jaquette, et commencent à penser à ce livre comme au leur. 

Les Ajustements. Je customise le pitch en fonction des intérêts de la personne. Souvent je pose des questions. Parfois je réponds à des questions. J'ajuste le pitch à l'individu (si le client aime les romances, je mets en valeur la fin romantique. S'il aime les thrillers, je minimise la comédie, etc.).

Le Rejet. La plupart des gens ne seront pas intéressés, même après avoir écouté votre magnifique pitch. Ça ne veut pas dire que vous deviez tout de suite passer à quelqu'un d'autre.

Tendez-leur un prospectus pour qu'ils le regardent, faites un autographe sur une carte de visite ou un marque-page, et demandez-leur de le remettre à quiconque qu'ils connaissent étant fan de votre genre de livres.

Remerciez-les pour leur temps, et mentionnez que c'était super de les rencontrer. Faites-leur aussi savoir que vous serez dans le coin pour un moment, s'ils décidaient qu'ils veulent une dédicace. 

Souvent les gens reviennent. Parfois lorsque vous êtes là. Parfois plusieurs jours après. [dans ce cas si vous êtes auteur autoédités, ils ne trouveront pas votre livre en librairie, et il y a très peu de chances qu'ils le commandent. Même s'ils le font, il n'est pas dit que le libraire retrouve votre livre. Mais cela dit, ce type de ventes n'est à mon sens pas suffisant pour compenser les faibles droits d'auteur d'un auteur traditionnellement édité.] 

L'Acceptation. S'ils achètent un exemplaire, soyez authentiquement reconnaissant. Il m'est arrivé une fois de faire une séance avec un auteur qui a grommelé "je déteste dédicacer des livres" devant la personne pour laquelle il signait. La mâchoire du fan a heurté le sol. Je ne recommande pas cette approche.

Remerciez le client de vous avoir donné une chance, et demandez-leur pour qui ils souhaitent que vous personnalisiez le livre. Demandez-leur TOUJOURS d'épeler le nom, même si c'est "Kim" (j'ai eu un Kymm une fois).

Puis remerciez-les, serrez-leur de nouveau la main, et délivrez-leur votre plus large sourire. 

Recruter l'Equipe. Les grandes chaînes feront souvent des annonces micro. Demandez-leur s'ils peuvent vous annoncer toutes les demi-heures, ou si vous pouvez vous-même faire les annonces micro. 

"Aujourd'hui nous avons l'auteur local JA Konrath -- c'est moi -- qui signe des livres de la série Jack Daniels. J'encourage tout le monde à venir devant le magasin et à dire bonjour. Les livres dédicacés font des cadeaux formidables pour la famille, les amis ou vous-mêmes."

Si l'équipe vous aime vraiment (et si vous leur avez apporté de la pizza, ce sera le cas), demandez s'ils peuvent faire circuler des prospectus, ou marcher aux alentours en tenant des exemplaires de votre livre, et en dirigeant les habitués vers votre table. 

Est-ce que Ça Marche? Habituellement, 1 personne sur 5 auquel je délivre mon pitch achètera le livre. Et je délivre mon pitch à plusieurs douzaines en une heure -- cela dépend de l'affluence dans le magasin. 

J'ai fait une séance samedi dernier, et ai vendu 40 livres à couverture rigide [les plus chers] en 6 heures. La semaine d'avant j'ai fait 40 livres en 8 heures (le magasin n'était pas aussi rempli de monde). La semaine d'avant, 60 livres en 8 heures. Mon record est de 120 en dix heures. 

Ce n'est pas évident de faire en sorte qu'un étranger se sépare de 22$ [je vends mes propres livres entre 14 et 24 €]. Parfois il y a des tensions quand j'approche 30 personnes et ne peut vendre un seul livre. C'est décourageant, déprimant, et juste parfaitement horrible.

D'autres fois, je vendrai cinq livres en trois minutes -- une personne l'achète et d'autres viendront rôder pour vérifier ce qu'il se passe.

A ce jour, en utilisant cette méthode j'ai vendu de la main à la main 2000 livres.

Temps de Partir. C'est à vous que revient le choix de la durée de la séance. Je pense que quatre heures est un minimum, et si le magasin est vraiment rempli, je resterai six heures ou plus.

Quand vous êtes finalement prêt à partir, vous devriez une fois encore remercier les libraires -- ils vous ont vu vous bouger les fesses et sont de votre côté.

Si vous n'avez pas vendu chaque exemplaire, demandez à signer ce qui reste en stock, et placez des autocollants qui disent "signé par l'auteur" [non valable pour un auteur autoédité, qui repart avec les invendus]. 

Si la boutique n'a pas d'autocollants, utilisez ce que vous avez emprunté en provenance de votre dernière séance de dédicace -- les employés ne devraient pas être opposés à ce que vous en preniez en plus, et vous devriez toujours avoir des autocollants en surplus sur vous, en provenance de divers magasins.

Si vous avez amené vos livres, ne demandez pas à être payés immédiatement -- ce n'est pas bon pour le business. Laissez vos coordonnées et faites leur savoir qu'il peuvent vous envoyer un chèque par la poste [la chaîne Cultura préfère les virements, mais dans ce cas soyez vigilant]. 

Le plus important, demandez à revenir dans un mois ou deux. Je visite les magasins locaux cinq fois par an. Les livres dédicacés marchent vraiment bien pendant les vacances. 

Rester Positif. Chaque fois que j'entre dans une librairie et voit ce gros tas de mes livres, je me sens un peu malade à l'intérieur. Je n'arriverai jamais à les vendre tous, je me dis. Personne ne viendra dans le magasin. Les gens vont m'ignorer. Mon pitch est minable et ne marchera pas. L'équipe se moque de moi derrière mon dos. Je suis un écrivain, pas un commercial. 
Et puis je me rappelle que la Grande Muraille de Chine s'est construite une brique après l'autre, et c'est ainsi que je vends mes livres -- un par un.

Chaque livre que vous vendez de la main à la main est un livre qui ne se serait jamais vendu sans vos efforts. 

Chaque personne que vous rencontrez est susceptible de parler de vous à d'autres. 

Chaque lecteur qui devient un fan deviendra un fan pour la vie et se souviendra de la fois où il a serré votre main.

Chaque librairie que vous visitez aura des employés qui vous vendront pendant des semaines, des mois, et même des années après votre départ.

Dans mes remerciements à la fin de mon dernier livre, j'ai une liste d'une douzaine de libraires que je remercie, parce que chacun d'entre eux à vendu de la main à la main au moins vingt exemplaires de mon premier roman. 

Dans mon prochain livre, je remercierai plus de cinquante libraires. L'un d'entre eux en particulier m'a aidé à vendre 300 livres à couverture rigide à un endroit. J'ai nommé l'un de mes personnages d'après son nom dans mon troisième livre.

Votre Objectif. Il n'y a aucune raison pour qu'une séance de dédicace soit une expérience stressante, déplaisante. En réalité c'est l'un des moyens les plus économiques, les plus efficaces de bâtir votre carrière. 

C'est votre nom sur la couverture du livre, et c'est votre boulot de le vendre. Les ventes c'est comme l'écriture -- plus vous en faites, le meilleur vous devenez, le plus de succès vous obtenez. Maintenant à toi de jouer, le tigre!

Six Clés pour un Pitch réussi de Librairie

1. Présentez-vous avec le sourire.
2. Expliquez le postulat du livre, le décor, et le personnage principal en quelques secondes. 
3. Comparez votre livre à des livres bien connus que le lecteur reconnaîtra (c'est comme une version jeunesse du Silence des Agneaux...)
4. Posez au client une question. (Qui aimez-vous lire? Pour quel livre êtes vous rentré ici?)
5. Offrez de signer et de personnaliser un exemplaire pour lui. 
6. Remerciez-le, qu'il achète le livre ou pas.

Le Kit de Survie d'une Séance

  • En-cas pour les employés de la librairie
  • 3 Bons Stylos
  • 100 cartes de visites
  • 50 prospectus
  • Affiche de couverture du livre
  • Un panneau indiquant "L'auteur Signe Aujourd'hui"
  • Bonbons à la menthe (le chewing-gum énerve les gens)
  • Bouteille d'eau
  • Autocollants supplémentaires "Exemplaire Dédicacé"
  • Un Grand Sourire et une Bonne Attitude      
Blog de Joe Konrath

vendredi 25 novembre 2016

Mes livres référencés par Expressediteur.com

Plus d'excuses! Les libraires peuvent désormais passer par le site expressediteur.com pour recevoir mes livres en 48h, avec optimisation des frais de port et une remise fixe de 35% sur le prix de mes livres. Pour cela il était nécessaire que mes livres soient référencés Dilicom et Electre, ce qui est le cas. 

J'ai déjà dit sur ce blog que je conseillais de réduire le nombre d'intermédiaires entre les lecteurs et l'auteur autoédité, et je ne renie pas ce conseil pour ce qui est du livre numérique, ou ebook. 

Le livre papier obéit à des lois différentes. On peut bien sûr appliquer ce conseil de réduire les intermédiaires en dédicaçant soi-même ses livres, et c'est ce que je fais avec suffisamment de succès pour en vivre à plein temps. 

Mais d'un autre côté, je constate encore et toujours que les commandes de libraires sont vraiment rares. Pire: il m'est arrivé, en arrivant dans un Cultura avec lequel je travaille régulièrement, que la libraire repère une commande pour un de mes livres datant de plusieurs mois auparavant, commande qui n'avait pas été transmise aux Editions Emmanuel Guillot (mon alter ego davantage orienté édition qu'écriture, ce qui, j'imagine, fait de moi un être plutôt schizo, lol).

Je suis persuadé que ce n'est que le sommet de l'iceberg: d'autres commandes de libraires ne me sont sans doute jamais parvenues, n'ayant pas été jugées prioritaires, en particulier dans les périodes de fêtes où les commandes sont nombreuses. 

Le but de mon partenariat avec expressediteur.com est donc avant tout de rassurer les libraires en leur suggérant un partenaire fiable.

Mais pourquoi ce choix d'Express editeur, me direz-vous, alors que la marge sur chacun de mes livres imprimés à la demande est très forte, 45%. 

Parce que :

- Express éditeur dépend de la Générale du livre, duquel dépend la Générale libr'est, librairie avec laquelle j'ai déjà travaillé à plusieurs reprises, qui m'a commandé des livres en compte ferme, et avec laquelle tout s'est bien passé
- chaque commande est une commande en compte ferme, et le virement (paiement) est effectué par Express éditeur sur mon compte avant même que je n'envoie les livres
- je n'ai pas à régler les frais de port, puisque Express éditeur m'envoie une étiquette prépayée à imprimer
- mes seuls frais supplémentaires consistent donc à acheter des enveloppes à bulles, ce que recommande d'ailleurs Express éditeur

Je ne vais pas vous mentir, je n'attends pas monts et merveilles de ce service. Je sais que les commandes vont rester rares. En fait, si les commandes devaient être quotidiennes, cela voudrait aussi dire des visites quotidiennes à la Poste, et moins de temps pour écrire, donc je ne me plains pas.

Si j'ai choisi d'utiliser ce service, c'est donc non seulement pour augmenter mes ventes, mais aussi pour rendre service à la fois aux lecteurs et aux libraires. 

Combien vais-je toucher sur un livre vendu 21€? Je dirais entre 5 et 6€, après déduction de la marge, du prix de l'enveloppe et de celui du livre.

Si vous êtes lecteur et qu'un libraire n'arrive pas à commander mes livres, demandez-lui donc de se connecter sur le site expressediteur, et de passer sa commande à partir de ce site.

De nombreux lecteurs tiennent en effet à préserver le métier de leur libraire, et c'est tout à leur honneur.

En dehors des séances de dédicace, il n'a pas été simple pour moi de trouver des points de convergence avec les libraires, et ce site, Express éditeur, me semble vraiment être une solution adéquate et sécurisée pour les deux parties.

Alors, il est vrai que les auteurs autoédités, en principe, ne peuvent être référencés Electre. Je ne sais pas si c'est le nombre de mes ventes, le fait que je travaille avec une trentaine de centres commerciaux spécialisés on non dans les livres, mon ancienneté ou ma volonté de tendre vers le professionnalisme qui ont fait accepter mes livres, ou bien un peu de tout cela à la fois. 


Je pense simplement que si un auteur autoédité tend vers le professionnalisme, il ne faut pas désespérer, ses efforts seront reconnus par au moins une partie de la profession.

lundi 21 novembre 2016

Mes livres papier disponibles au Québec

Cela fait plaisir d'avoir l'impression d'être écouté. Le 30 août 2015, après avoir été contacté par la romancière Caroline Plouffe, j'écrivais un article sur ce blog intitulé Createspace: à quand une présence au Canada? Eh bien désormais, mes romans papier sont disponibles sur Amazon.ca. On peut donc se les procurer du Québec ou, plus largement, du Canada sans encourir de frais de port extravagants. Une très bonne nouvelle!

L'article sur Createspace qui m'a mis la puce à l'oreille est celui-ci: Titles listed on Amazon.ca.

Mes romans comprennent une trilogie de Fantasy, de la Science-Fiction et un recueil de thrillers. Vous pouvez tous les retrouver listés sur cette page d'Amazon.ca.

Si vous aimez la Fantasy, vous noterez que mon roman Le Souffle d'Aoles est à 36,31 $ CDN contre seulement 24,56 $ CDN pour sa version anglaise, The Breath of Aoles. Avant le changement opéré par Createspace (imprimerie canadienne, je suppose), le livre en langue française revenait à 70,03 $ CDN!

En France, le roman est à moins de 17 € dans sa version anglaise, contre 20 € pour la version française, une différence, donc, similaire à la différence actuelle au Canada. 

Cette différence est volontaire de ma part. Le Souffle d'Aoles étant dédicacé à 21 € (avec parfois la remise légale autorisée de 5%, selon les revendeurs) en France, la loi sur le prix unique du livre, mais aussi la volonté de ne pas léser les lecteurs qui me prennent le livre en dédicace, m'imposent de le vendre à un prix similaire sur les plates-formes. 

Comme Createspace conditionne tous les prix à trois valeurs différentes (Etats-Unis, Royaume Uni, Europe) que l'on saisit dans le tableau de bord, les prix au Canada sont la traduction des prix en France.

Pour les romans anglais, la notion de compétitivité des prix est plus importante: n'ayant pas les moyens de les dédicacer physiquement dans les pays anglo-saxons, il est normal que je choisisse d'abaisser les prix pour faire quelques ventes.

Enfin, puisque l'on parle de prix, et pour en venir aux ebooks et non plus aux livres papier, pour ceux qui se demandent pourquoi la version ebook du Souffle d'Aoles n'est qu'à 2,99 $ CDN (ou 2,99€), c'est tout simplement parce que, le livre étant en autoédition, il n'y aura jamais de version de poche.

Le prix bas vise donc à couvrir les diverses possibilités financières des lecteurs potentiels, permettre un accès plus impulsif du premier roman de ma saga, mais aussi à lutter contre le piratage. Pourquoi se donner la peine de pirater quand le prix est suffisamment bas? 

Voilà en tout cas une excellente nouvelle pour tous les auteurs canadiens, et plus largement, tous les auteurs francophones! (Ne vous attendez cependant pas à une "mine d'or", le nombre de lecteurs au Québec étant nettement plus réduit qu'en France).

samedi 5 novembre 2016

Le plus grand scandale médiatique de ces dernières années

Le plus grand scandale médiatique de ces dernières années n'est à mon sens pas celui de la très faible couverture de l'autoédition en format numérique, changement culturel majeur ayant permis à plusieurs auteurs aux Etats-Unis de dépasser les 4 millions d'exemplaires d'ebooks vendus par leurs propres moyens. Non pour moi, le plus grand scandale médiatique, qui rivalise avec la couverture très partiale par les médias de la guerre du Golfe, est le fait, pour les grands médias comme TF1 ou France 2, de ne pas avoir rendu compte de la révolution dans la conquête spatiale amenée par la société privée Space X, d'Elon Musk.




La plus grande trahison du public à mon sens n'est pas le mensonge journalistique, mais le mensonge par omission. Le fait de passer sous silence certains événements majeurs. 

Lorsque vous arrivez en Ecole de journalisme, on vous apprend rapidement la notion de hiérarchisation de l'information. 

En gros, on va privilégier des informations proches géographiquement des gens, ou qui les touchent personnellement en véhiculant de puissantes émotions (par exemple un bébé qu'on aura mis dans un four ou dans un congélateur). On privilégie aussi les informations les plus sécurisées, celles qui auront le plus de légitimité aux yeux des téléspectateurs, et en particulier les informations institutionnelles. 

Les grandes chaînes sont très proches du pouvoir. D'où la notion de "chiens de garde" du pouvoir que l'on associe aux grands médias.

Ce n'est pas pour rien que lors de révolutions comme celles de la Roumanie, ce sont les grandes chaînes télé que l'on assiège en premier lieu. Ce sont avant tout des lieux de pouvoir.

Les journalistes font des omissions à longueur de journées. Etant donné le flot incessant d'infos, même en étant une chaîne d'infos en continu comme BFM, on ne peut envisager de livrer l'info sans trahir en permanence le téléspectateur. Cela fait partie du job. 

Mais il y a bien sûr omission et omission. Que l'on parle à peine d'une société privée, Space X, ayant réussi après plusieurs essais infructueux à envoyer des fusées dans l'espace, alors que l'on pensait que seuls des gouvernements pouvaient en avoir les moyens, est déjà stupéfiant. 

Que l'on ignore le fait que cette société est d'ores et déjà parvenue à rendre l'envoi des satellites dans l'espace beaucoup moins onéreux que des compagnies étatiques ou semi-étatiques telles que ULA, le joint venture entre Boing et Lockheed, ou même Arianespace est un autre scandale.

Scandale qui peut s'expliquer facilement: les gros médias privilégient les institutions et Space X vient concurrencer ces institutions. Et il est vrai que l'on peut arguer que l'envoi de satellites n'est pas la préoccupation première du télespectateur français. 

Même si on peut aussi penser que beaucoup de gens auraient aimé savoir que le marché des satellites étant régi par quelques monopoles, les coûts ont tendance à flamber, et que la concurrence dans de ce domaine est en fait vitale, comme dans n'importe quel secteur de l'économie. 

Que l'on taise le fait que Space X parvient actuellement à ravitailler la Station Spatiale Internationale, ce que seuls les Russes et les Chinois pouvaient faire avec le retrait de la navette spatiale américaine, est un manquement absolument monstrueux. 

Mais que l'on passe sous silence le fait que Space X soit la première compagnie au monde à faire atterrir une fusée après l'avoir mise sous orbite, ça, mesdames et messieurs, ça c'est le pire scandale médiatique des dernières années. 



Pourquoi? 

Parce que déjà, il s'agit d'un exploit technologique sensationnel. 

Mais surtout, imaginez que chaque fois que vous preniez un avion, vous deviez sauter en parachute en arrivant à destination, l'avion allant se crasher dans la mer.

Cela rendrait le coût du siège en avion prohibitif. La première personne capable de faire atterrir les avions devrait en principe être célébrée comme ayant provoqué une révolution, celle du coût des transports en avion.
Eh bien c'est exactement la même chose avec Elon Musk et ses fusées capables de se poser.

Alors certes, tout n'est pas encore réglé. Space X doit encore prouver que les fusées qui se sont posées sont réutilisables après maintenance. Il faut aussi pouvoir poser les navettes spatiales elles-mêmes (la partie supérieure de la fusée, elle aussi dotée de moteurs), et pouvoir les réutiliser. 

Et les personnes qui critiquent Elon Musk en disant qu'il fait travailler ses ouvriers 80 heures par semaine ont manifestement raison. Lors de sa dernière conférence intitulée "Faire de l'humanité une espèce multiplanétaire", Elon a remercié ses employés travaillant sur les moteurs Raptor de bosser sept jours sur sept. 

Mais comme le dévoile l'intitulé de la conférence, Musk s'est tout de même attelé à coloniser la planète Mars. Il souhaite y envoyer 1 million de personnes d'ici la fin du siècle.  
 
Il ne souhaite pas y parvenir juste pour le tourisme spatial, mais bien pour fournir un "système de sauvegarde" à l'humanité. Avec en vue, la terraformation de Mars, et une planète pouvant venir en aide à la Terre si les choses devaient mal tourner ici. 

Le défi est gigantesque. Une partie du défi a déjà été relevée. L'énorme fusée permettant d'espérer y parvenir (celle en photo au début de cet article) devrait être construite d'ici cinq ans.

Musk espère régler le problème des radiations cosmiques en entourant l'habitacle de sa fusée d'une paroi contenant de l'eau, laquelle devrait bloquer l'essentiel des radiations durant le voyage pour Mars, qui durera de trois à six mois.


Mais rien ne semble impossible à Musk. L'ancien co-fondateur de Paypal, qui est aussi le PDG d'une société de panneaux solaires, est également à la tête de l'entreprise automobile la plus innovante, Tesla Motors. 

L'une des rares nouvelles entreprises automobiles de cette taille à ne pas s'être cassée la figure ces quarante dernières années.

Saviez-vous par exemple que le modèle 3 de Tesla, entièrement électrique et avec 345 km d'autonomie, vendu à 35 000 dollars, et qui devrait arriver en 2018 en France, a obtenu 10 milliards de dollars de précommande dès les premiers jours?

Ça non plus, ça n'a pas fait les gros titres des journaux...